Les dangers qui menacent la Chine.

Ils peuvent remettre en question son modèle économique et compromettre sa présence mondiale.

La Chine n’est pas à l’abri de crises financières, mais leurs conséquences sont actuellement mieux contrôlables que dans les autres pays. Récemment Pékin a jugulé la crise aigüe de liquidités de ses banques par une injection de seulement $ 2,8 milliards. Des dizaines de milliards ont été nécessaires aux Etats Occidentaux confrontés il y a trois ans à la même crise.

Un capitalisme d’Etat qui contrôle la vie économique, une banque centrale aux ordres du pouvoir sont de puissants outils de régulation. Une dette de l’Etat de 45% du Produit Intérieur brut, des réserves de devises de $3,6 mille milliards donnent une puissance d’intervention sans égale.  Un strict contrôle des changes protège le pays de crises financières étrangères.

Ce contrôle des changes aurait dû être aboli lorsque la Chine a rejoint l’0rganisation pour le Commerce Mondial. Pékin peut encore moduler son taux de change pour favoriser ses exportations.  En 2012, les salaires ont encore augmenté de 17%, rendant la production chinoise moins compétitive.  La consommation intérieure en sera stimulée.  Le potentiel d’augmentation de la productivité est important. Un accroissement de l’automation des tâches jouera un rôle essentiel. Aux biens de consommation courante en déclin viendront s’ajouter des produits industriels à valeur ajoutée plus importante. C’est déjà le cas pour les installations de télécommunication et les PC, tablettes et smartphones. Les TGV, les centrales électriques, les avions moyens courriers…suivront dans la prochaine décade.

La politique de restriction des naissances devrait constituer un sérieux handicap au développement économique du pays. Cette politique ne devrait pas avoir de conséquences majeures pendant les dix à quinze ans à venir. Rappelons que l’âge moyen de la population chinoise est actuellement de 32 ans. Il est de 39 ans aux Etats-Unis et de 42 en Allemagne, les principaux concurrents sur le marché international.

Les provinces chinoises, particulièrement celles du Sud et d’Ouest, ont été pendant des siècles des foyers insurrectionnels. Leur extrême pauvreté par rapport au reste du pays, leurs confessions religieuses et leurs langues  souvent différentes  expliquent ces révoltes contre le pouvoir central. Les autorités de Pékin sauront-elles y faire face ?

Dans dix ans la Chine dominera-t-elle l’économie mondiale ?

En quelques années les avancées économiques de la Chine ont radicalement transformé le pays et surpris le monde par leur ampleur. 5 000 kilomètres de TGV sont déjà installés. Ils représentent 50% des réseaux TGV de la planète et se comparent aux 2 100 km. de la SNCF. Les métros en service en Chine sont cinq fois supérieurs aux 400 km. du métro londonien. Il s’en construit des centaines de km. par an. Au cours des cinq dernières années, 50 000 km. d’autoroutes ont été ouvertes au trafic portant le total à 100 000 km. Pour rouler sur cet imposant réseau, en 2012, 19,3 millions de voitures ont été vendues, le double de la production américaine.

D’ici 2020 la part du nucléaire dans l’électricité passera de 1,1% à 4,4%. La production des 25 réacteurs en service passera de 12 gigawatts à 60 gigawatts en 2020, ce qui correspond à la construction de cinq nouveaux réacteurs par an.  40% de l’acier produit dans le monde est chinois. Dans des domaines aussi sophistiqués que les télécommunications avec Huawei et de l’informatique avec Lenovo, de nombreuses entreprises chinoises s’imposent dans le monde. La Chine fait partie du club des trois pays ayant envoyé un homme dans l’espace.

Les centaines de milliers d’ingénieurs qui sortent chaque année des universités assureront les développements futurs du pays. D’autant  plus que l’innovation constitue une priorité dans l’enseignement. Le marché intérieur est immense. La classe moyenne compte 400 millions de personnes et augmente de quelque 40 millions par an. L’économie d’échelle qui en résulte, un des importants facteurs qui a permis aux Etats-Unis de dominer le monde économique, prend ici une dimension inconnue à ce jour. De plus, dans les dix années qui viennent, la Chine disposera d’usines et d’infrastructures neuves et performantes, ce qui constitue un avantage substantiel sur celles vieillies du monde occidental .

Jusqu’à présent la Chine s’imposait comme le premier exportateur de biens de consommation. Dans les années qui viennent il en sera de même pour des produits industriels sophistiqués à haute valeur ajoutée. Il est probable que la Chine va devenir ce qu’elle a été pendant dix-huit siècles : la première puissance du monde.

La Chine tisse sa toile mondiale

Pas de prééminence économique sans une présence mondiale.

La Chine a bien avancé son programme d’implantation logistique dans des ports étrangers. Que ce soit à Singapour, Kyaukpyu (Myanmar), Colombo (Sri Lanka), Chittagong (Bangladesh) Karachi (Pakistan), Djibouti, Suez, Le Pirée, Le Havre, Anvers, Lomé (Togo), Tin Can (Nigéria) Seattle ou Los Angeles, la Chine est présente. Parfois elle prend le contrôle ou construit l’extension d’un port. D’autre fois elle achète une participation dans les terminaux portuaires existants ou loue à long terme des emplacements portuaires et y construit d’importants entrepôts. Le  but est de se constituer un réseau lui permettant d’optimiser la logistique de son commerce international.

En même temps la Chine doit assurer son accès aux matières premières nécessaires à son développement rapide et au premier plan au pétrole dont elle est déjà le premier importateur mondial. Pour accéder au pétrole et au gaz russes, elle participe à la construction d’un long pipeline qui aboutit chez elle. Elle vient de signer un contrat de livraison d’hydrocarbure russe de centaines de milliards de dollars. Ne tenant pas compte de l’embargo sur le pétrole iranien, elle en devient le principal acheteur. Là aussi un pipeline est en construction vers le Pakistan où Pékin s’active avec le pays à la construction d’une autoroute de l’océan indien vers la Chine. Les Etats-Unis importent de moins en moins d’hydrocarbures du Moyen Orient, les Chinois les remplacent progressivement.   En Irak, Pékin envoie annuellement $ 2 milliards pour financer l’extraction de pétrole. Des milliers de travailleurs chinois travaillent dans les champs de pétrole.

Les richesses minières africaines intéressent la Chine. Elle finance et envoie ses bataillons de travailleurs construire des infrastructures. Le projet en négociation pour construire un important port en Tanzanie, qui permettrait d’importer des quantités de cuivre produites dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo, est typique de la politique chinoise.

La politique de la Chine est actuellement purement économique. Elle veut s’assurer des ressources dont elle a un besoin crucial. Est-elle à terme viable dans un monde où souvent la politique interfère avec l’économie ? L’exemple des Etats-Unis qui, parti d’une conquête économique du monde, se trouve de plus en plus obligé d’intervenir politiquement et même militairement constitue un danger pour Pékin.

La liberté de s’entretuer.

Les Occidentaux se sont-ils trompés de politique ?

Non sans affrontement parfois sanglants, de nombreux tyrans de pays islamiques du Moyen Orient et d’Afrique du Nord ont été renversés par un soulèvement populaire. En Libye les Anglais et les Français sont intervenus militairement. En Irak c’est une guerre menée sous la direction des Etats Unis qui a eu raison du tyran. En Syrie une guerre civile meurtrière n’a pas encore décidé du sort du dictateur. Les Occidentaux unanimes ont applaudi et soutenu cette « libération » des peuples qui ouvraient les voies de la démocratie. Ils seront déçus.

Après une courte période d’euphorie et l’élection d’un gouvernement légitime, deux groupes de citoyens se sont brutalement affrontés dans la rue. Islamiques stricte contre musulmans attachés à une société civile tolérante (Tunisie, Egypte, Yémen) Sunnites contre shiites (Irak, Syrie en cours), tribus (Lybie). L’ordre avait été maintenu entre ces composantes violemment antagonistes de la société par un pouvoir totalitaire. La chute des dictateurs leur a permis de se lancer dans des combats meurtriers. Elles utilisèrent leur liberté chèrement acquise pour s’entretuer.

Les économies déjà médiocres de ces pays se sont écroulées. Les classes moyennes sont ruinées, les pauvres deviennent misérables, les indigents désespérés. Le cahot économique, financier et social s’installe. On ne construit pas une démocratie avec des foules sans pain, sans logement, sans travail. Tous réclament un retour à l’ordre qui seul permet de relancer tous les espoirs.

Ce sont en général hélas les groupes les plus organisés qui s’imposent et assurent ce retour à l’ordre. Les mouvances jihadistes, des salafistes souvent affiliés de près ou de loin à la nébuleuse d’Al-Qaeda affirment leur présence dans tous ces pays. Elles sont bien organisées, entraînées, supérieurement armées et déterminées. L’exemple de l’Afghanistan avec la prise de pouvoir des Talibans après le cahot qui a suivi l’échec des Russes est prémonitoire. L’alternative dont personne ne veut c’est un nouveau dictateur généralement issu de l’armée.

La politique suivie par Occident semblent avoir oublié que la transition vers la démocratie est lente. La révolution françaises de 1789 engendra un empereur et il fallu attendre 50 ans pour qu’en 1848 la démocratie soit proclamée. Avec une information en temps réel qui atteint les masses, le temps s’est accéléré depuis. Ce qui fut de décades, prendra tout de même des années qui ne seront pas à l’abri de crises parfois aigues.