La productivité peut financer les déficits sociaux !

Lors d’une récente émission de télévision, la question du financement des vingt milliards annuels prévus de déficit des régimes de retraite fut posée. Pour le responsable du secteur assurance d’un grand syndicat la solution est simple : ponctionner de 20% les profits de quelque 100 milliards réalisés par les sociétés du CAC 40. Elles peuvent combler ce manque à gagner et retrouver leur profitabilité en augmentant leur productivité.

Est-ce le moment de réduire encore les marges bénéficiaires brutes des entreprises françaises ? Ces marges sont déjà largement inférieures à la moyenne européenne. De leur côté, les entreprises étrangères augmentent années après années leur propre productivité pour rester compétitives. Pendant ce temps les sociétés françaises verraient leurs progrès dans ce domaine confisqués par l’état. Leur manque actuel de compétitivité se creuserait alors que le gouvernement a fait de son amélioration un axe prioritaire de sa politique.

Le monde ouvrier et ses représentants sont opposés à la plupart des mesures dont disposent les dirigeants pour augmenter la productivité de l’entreprise. L’augmentation des cadences ou celle du temps de travail, la diminution des salaires sont des solutions simples souvent utilisées par les entreprises. Toutes sont négatives pour le personnel et entraînent des conflits sociaux.

Dans de nombreuses situations, l’automatisation de la fabrication permet de réaliser de substantielles économies bénéfiques à la position compétitive de la société. Sauf si celle-ci est en expansion rapide, l’effectif ouvrier sera réduit. C’est le chômage pour certains, une nouvelle affectation parfois lointaine ou une reconversion pour d’autres. D’âpres négociations pour un plan social, soutenues par des grèves, montrent le désaccord profond des travailleurs.

Confisquer au profit des retraites les progrès résultant de l’augmentation de la productivité n’est pas acceptable. La compétitivité en sortirait affaiblie. Prôner la productivité avec toutes les conséquences que cela implique semble paradoxal de la part d’un syndicaliste. A-t-il oublié les trente-cinq heures de Martine Aubry ? Elle décida de financer par une augmentation de la productivité le coût de la réduction du temps de travail sans réduction de salaire. La France paie aujourd’hui encore la perte de compétitivité que cette politique engendra.

Garder le contrôle des entreprises françaises cotées en bourse

On connaît les conséquences du rachat d’une entreprise par une société  étrangère. Le centre des décisions n’est plus en France. La « filiale » française devient « taillable et corvéable » à merci.   La prise de contrôle par une société d’investissement n’est pas meilleure. Le bilan est plombé par la dette qui a servi en grande partie à l’achat. Souvent l’entreprise est démantelée et vendue par morceau.

Le veto ou les pressions des pouvoirs publics sont à éviter. Elles isolent la France sur le plan mondial et risquent d’entraîner des contre-mesures pénalisantes pour le pays. Elles devraient aussi faire l’objet de sanctions par Bruxelles. Pour protéger notre industrie nationale, il est nécessaire de maintenir des cours en bourse élevés. Ils rendront le prix d’achat d’une entreprise trop cher pour intéresser un concurrent ou un prédateur.

La profitabilité et les dividendes jouent un rôle essentiel dans la valeur d’une action en bourse. Il faut donc éviter de les pénaliser par une fiscalité trop importante qui les mettrait à la merci d’un raider. Pourtant, dans une période de crise, les revenus du capital doivent apporter une contribution accrue au nom de la solidarité nationale. Et l’on dénonce les « rentiers » qui s’enrichissent pendant leur sommeil.

C’est ignorer que plus des deux tiers des actions du CAC40 sont détenues par des Fonds de pensions, des Assurés vie, des Fonds de placement (SICAV), des Produits des Caisses d’épargne et des participations de l’Etat. Doit-on pénaliser ces millions de petits porteurs qui ont placé leurs modestes économies dans des institutions qui collectivement les placent en bourse ? Quant aux « riches capitalistes », leurs revenus boursiers sont de plus en plus imposés.

L’Italie mieux placée que la France pour profiter de la reprise économique mondiale.

Cette affirmation semble paradoxale alors que l’Italie vit une crise politique et économique majeure. Ses finances sont plombées par une dette qui représente 137% du PIB et qu’il faut refinancer à un taux de 3,80%.  Le taux des emprunts des sociétés est en moyenne de 6%. Si ces taux d’intérêt étaient au même niveau qu’en France, les sociétés italiennes économiseraient  22 milliards d’euros.  L’Italie est en récession. Le recul de son PIB a atteint 2,4% en 2012 mais devrait être seulement de 1,4% en 2013.

Malgré cette situation alarmante, en 2012 le déficit de l’Italie n’est que de 3% alors que celui de la France s’établit à 4,8%. Plus important encore  l’industrie italienne est en bien meilleure santé que celle de la France.

La production industrielle de l’Italie correspond à 18% de son produit intérieur brut (PIB). Ce pourcentage n’est que de 12% en France. Les petites et moyennes entreprises (PME) emploient 80% des travailleurs en Italie et seulement  60% en France. Or l’exemple allemand montre l’importance du rôle des PME dans les exportations.  5 100 robots sont installés en Italie contre 3 100 en France soulignent l’effort supérieur de modernisation de l’outil industriel de la péninsule. La profonde réforme des rigidités du travail initiée par Mario Monti permet aux industriels de s’adapter rapidement à l‘évolution de la conjoncture économique mondiale.

Par rapport à la France, cette meilleure santé de l’outil industriel italien se traduit dans les chiffres. Alors que la balance commerciale française affiche en 2012 un déficit de 67 milliards d’euro, celle de l’Italie présente un solde positif de 11 milliards. Dans une économie mondialisée, les exportations  jouent un rôle de plus en plus important dans la reprise économique, dans le retour à la croissance d’un pays. Le jour où la conjoncture mondiale deviendra plus positive, l’Italie sera mieux placée que la France pour en profiter.