Dix raisons pour réexaminer l’exploitation du gaz de schiste

Sur le plan technique.

Aux Etats-Unis plus de 70 000 forages à plusieurs milliers de mètres ont été creusés pour exploiter le gaz de schiste. La fracturation nécessaire  des roches produit des secousses terrestres. Aucune construction n’en a jamais été affectée. La géothermie industrielle à grande profondeur est considérée comme une source prometteuse d’énergie renouvelable et pourtant elle utilise aussi la fracturation.

La production d’énergie sous toutes ses formes n’utilise que 15% de la consommation mondiale d’eau. Les eaux rejetées des puits doivent être épurées en vue de leur recyclage. L’Australie où Veolia vient d’obtenir un contrat de plus de $ 500 millions montre que le processus de traitement des eaux contaminées est opérationnel.

Le méthane qui s’échappe des puits doit être récupéré et peut être profitablement utilisé par l’industrie.

Bien qu’en moindre quantité que le pétrole, l’utilisation du gaz pour le chauffage ou une centrale électrique produit du gaz carbonique (CO2) nuisible au climat. Toutes les nouvelles installations doivent en priorité être équipées de filtres récupérant ce CO2 en vu de son utilisation industrielle. Ce genre d’équipement fonctionne déjà sur de  nombreux sites utilisant le charbon comme source d’énergie.

Un réseau particulièrement dense de distribution du gaz existe déjà en France. Il devra dans certains cas être renforcé. Le coût de la distribution sera infiniment moins cher que les  grands réseaux à haute tension nécessaires pour l’acheminement de l’électricité des fermes d’éoliennes établies dans les zones venteuses. Les problèmes rencontrés actuellement par l’Allemagne pour transporter la production des éoliennes de la mer du nord vers les centres industriels consommateurs du centre et du sud de l’Allemagne en sont l’illustration.

Sur le plan économique.

La réduction et même l’arrêt des importations de gaz et de mazout diminuera le déficit commercial de la France de quelque 20 milliards d’euros, soit plus d’un quart du déficit total de la balance commerciale.

L’Etat étant propriétaire du sous-sol encaissera des milliards d’euros de redevances des compagnies privées qui exploiteront les gisements de gaz de schiste tout en leur imposant des normes strictes. Une partie de ces sommes devrait servir à développer des sources d’énergie renouvelables et également des systèmes de stockage de masse de l’énergie indispensables àr l’avenir du solaire et des éoliennes.

Le gaz de schiste est une source d’énergie et une matière première bon marché. Il redonnera à l’industrie pétrochimique une compétitivité mise à mal depuis plusieurs décennies.

L’indépendance énergétique d’un pays est essentielle à sa souveraineté économique. Le gaz de schiste compensera avec les énergies renouvelables le retrait progressif du nucléaire.

La France est un des pays d’Europe dont les ressources en gaz de schiste sont les plus prometteuses. Peut-il rester à l’écart, alors que l’Angleterre, la Pologne, la Roumanie et même la très écologiste Allemagne, qui est la première à avoir arrêté ses centrales nucléaires, se lancent dans des forages de recherche de schistes contenant du gaz ?

Il faudra plusieurs années de prospection et de mise en place pour que la production de gaz soit significative. Nos dirigeants, qui vivent  au rythme des élections à court terme, auront-t-ils le courage de décider au moins de sonder notre sous-sol pour évaluer des richesses qui ne se matérialiseront qu’après leur départ de la scène politique?

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

La Caisse des Dépôts et Consignations joue au casino… et perd des milliards.

En 2012, le déficit français a dérapé à 4,8% du PIB alors qu’il était prévu à 4,5%. Ces 0,3% représentent 3 milliards d’euros.  Ils sont dus, précise Bercy, essentiellement aux 2,6 milliards « d’éléments exceptionnels comme la recapitalisation de Dexia ».  « La banque du financement des communes », précise le Premier ministre. Une recapitalisation qui correspond à l’apurement des pertes de l’année. Cet élément n’est pas exceptionnel, car l’Etat a déjà été obligé de s’engager financièrement par le passé et que l’avenir reste incertain.

Né en 1996 de la fusion du Crédit communal belge et du Crédit local français, Dexia s’est mué en banque d’affaires spéculative de la pire espèce. La banque a souscrit plus de mille milliards de produits dérivés.  Mais les partenaires de ce jeu de poker financier sont des professionnels aguerris de Wall Street et de la City et les pertes de Dexia s’accumulent en milliards au fur et à mesure du dénouement des opérations.

Pour s’imposer, la banque lance sans l’expérience nécessaire un programme d’achat d’actifs financiers. Aux Etats-Unis, celui « d’un réhausseur de crédit » qui s’effondre dans la crise des « subprimes » lui coûte des milliards de pertes.

Dans son domaine de base, les prêts aux communes, Dexia décide d’ offrir du crédit à des taux nettement inférieurs au marché. Les emprunteurs se précipitent devant cette aubaine sans mesurer les conséquences des « produits structurés » spéculatifs dans lesquels ils s’engagent. Les taux et les remboursements s’envolent, ruinant les communautés territoriales. A la suite d’un premier procès contre Dexia, les poursuites se multiplient. L’on parle d’une dizaine de milliards de condamnations possibles par la justice.

Depuis 2008 les pertes s’élèvent à plus de 14 milliards. La valeur boursière, qui dépassait 20 milliards, s’effondre à une centaine de millions, obligeant les actionnaires à passer dans leurs comptes des pertes d’actifs importantes. Les actionnaires minoritaires sont ruinés. Restent présents les deux actionnaires qui détenaient directement ou indirectement la majorité, les Etats Français et Belges. Ils sont obligés de sauver Dexia de la faillite. Sa chute provoquerait en Europe un séisme financier plus important que celui résultant de la faillite de Lehman Brothers aux Etats Unis en septembre 2008.

La France et la Belgique doivent injecter 6,4 milliards en 2008, puis une augmentation de capital de 5,5 milliards en 2012 et donner une garantie de 85 milliards pour maintenir le crédit de Dexia envers les autres banques et éviter la catastrophe. Est-ce la fin d’« une longue et douloureuse histoire » ? C’est loin d’être certain.

Les Français et les Belges se rejettent la responsabilité de cette débâcle. Celle de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) reste clairement établie. Dès le départ elle possède 70% de la participation française. Ses représentants au Conseil d’administration ont jusqu’en 2008 approuvé la politique « aventureuse » de Dexia. Son directeur général pendant toute cette période était un ancien directeur de la CDC. Malgré les pertes vertigineuses, on ne poursuit pas des représentants de l’Etat dans une affaire qui dépend de lui. Même le directeur général de Dexia échappe à toute sanction et « démissionne » avec une confortable retraite de 600 000 euros par an. Les contribuables paieront.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.