Coopération insatisfaisante dans les relations du travail

Le forum de Davos classe la France au 137ème rang parmi 144 pays examinés pour la « qualité de la coopération dans les relations du travail ». Le rapport Gallois va dans le même sens. Il souligne les insuffisances du dialogue social et propose « un nouveau pacte social, véritable socle du pacte productif. » Prenant l’Allemagne comme modèle, le gouvernement décide de la nomination de représentants du personnel dans le conseil d’administration des sociétés de plus de 5 000 personnes. Un pas dans la bonne direction, mais il n’aura pas l’impact très positif qu’il a sur la marche des entreprises en Allemagne.

En Allemagne, la participation du personnel aux conseils d’administration existe depuis plus de cinquante ans.  Patronat et syndicats ont l’habitude de travailler ensemble pour trouver une solution commune aux problèmes que rencontre une entreprise. Cette coopération peut aller très loin. Pendant la crise récente, des partenaires sociaux ont été jusqu’à accepter de réduire temporairement  les heures de travail et proportionnellement les salaires, alors que les actionnaires renonçaient à tout dividende. Il fallait éviter des renvois, préparer la reprise, et dans certains cas sauver l’entreprise.

En France les relations sociales sont trop souvent tendues.  La méfiance règne entre les parties. La fameuse « lutte des classes » marxiste d’avant-guerre a laissé des traces profondes qui affectent le dialogue, chacun campant sur ses positions. Les représentants des actionnaires craignent le manque de réserve de ceux du personnel. Les concurrents seront informés et les revendications sociales seront mieux argumentées. De leur côté, les représentants syndicaux veulent éviter d’être jugés responsables de la marche de l’entreprise et perdre ainsi la confiance de leurs mandants.

En Allemagne plus de 20% des travailleurs sont syndiqués. Leurs représentants gagnent en crédibilité. En France ce pourcentage ne dépasse pas les 5%. Les syndicats français représentent trop leur propre organisation, ce qui affaiblit le dialogue social.

La participation du personnel au conseil d’administration est une bonne décision. Toutefois, elle ne portera ses fruits que lorsque les mentalités auront évolué et que les syndicats seront plus représentatifs. Ce changement ne peut être que progressif et prendra des années.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.
Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Justice sociale pour les chômeurs

Elus et médias réclament la justice sociale, une égalité et une solidarité sans faille. Ils dénoncent les discriminations, la ségrégation, les clivages, les confrontations entre segments de la population. N’avons-nous pas pour veiller à ces valeurs la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité ( La Halde ) ? Un discours parfaitement justifié qui a le soutien des citoyens. Pourtant un important fossé divise douloureusement la population française. Près de 3 millions de salariés sont officiellement au chômage.  Tous viennent du secteur privé, pratiquement aucun des 6 millions d’employés du secteur public.

Qu’ils courent à la recherche d’un emploi qui se dérobe, que découragés ils se cloîtrent chez eux, perdent souvent tous liens sociaux, même familiaux. L’assistance qu’ils reçoivent pour faire face à leur précarité grandissante n’est qu’un soutien palliatif que certains vivent mal. Ces quelques mots reflètent mal l’abîme physique et moral qui accable le chômeur. Dès son premier emploi le salarié du privé sait aujourd’hui qu’au cours de sa carrière il devra changer d’emploi et selon toute probabilité sera plus ou moins longtemps au chômage.

Tous constatent que leurs voisins, fonctionnaires ou salariés des services publics ne partagent en aucune façon ces aléas tragiques de la vie. Pire, ils ont l’outil très efficace de la grève qui paralyse le pays, car ils détiennent des services essentiels à la vie de leurs concitoyens. Alors que le chômeur cherche désespérément un emploi, ils battent le pavé pour obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. Le décalage social est profond avec les chômeurs qui luttent pour simplement subsister. Il consacre une France à deux vitesses sur le front majeur de l’emploi.

On ne reviendra pas sur les justifications qui sont données pour expliquer la sécurité absolue de l’emploi dans le secteur public. On remarquera que d’autres pays européens, parmi les plus démocratiques, l’ont mis en cause.  C’est la condition pour éviter un clivage social insupportable.
Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.
Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.