Des millions de Français sont les bénéficiaires des milliards de dividendes versés par les sociétés du CAC 40.

En 2011 les quarante plus importantes sociétés listées en bourse, celles du CAC 40, ont distribué 37 milliards d’euros de dividendes. Des politiques, relayés par les médias, crient au scandale. Pendant la période de crise que le pays traverse, ces sommes pharaoniques doivent être investies dans l’économie pour créer des postes de travail, financer les PME sous-traitantes de ces groupes, et créer du pouvoir d’achat en faisant participer leurs employés qui ont rendu ces résultats possibles. Au lieu de cela, ces sociétés distribuent cet énorme pactole à leurs riches actionnaires au mépris de toute justice sociale.

Il est urgent de mettre fin à cette situation intolérable. Les nantis doivent être les premiers à participer à l’effort financier de salut public de la nation, sinon comment demander leur contribution aux plus modestes ? Pour rétablir l’équité, le gouvernement s’apprête à relever les impôts sur les bénéfices de ces grands groupes et à imposer une nouvelle taxe sur les dividendes qu’elles distribueront. Contrairement aux idées reçues, les nouveaux impôts, qui ne devaient cibler que les plus riches, vont aussi pénaliser les millions de citoyens de la classe moyenne. Ils sont également bénéficiaires d’une partie importante de ces milliards de dividendes et vont subir une diminution de leur pouvoir d’achat.
Plus des deux tiers des actionnaires des sociétés du CAC 40 sont des « institutionnels ». Derrière ce mot ne se cachent pas d’opaques spéculateurs, mais de très respectables institutions qui placent l’argent  de millions de Français et des familles qui leur ont fait confiance. (Il y a aussi, avec des millions de cotisants et de retraités, des fonds de pension anglo-saxons qui investissent dans des sociétés du CAC 40. Doivent-elles être découragées par une taxation de plus en plus élevée ?)

Pensez à ces chefs de famille qui ont placé leurs économies dans des assurances-vie à termes fixes dont une partie est investie en actions, à ceux qui payent chaque mois une prime pour s’assurer un complément de retraite en participant à un régime volontaire de pension dont le portefeuille comprend des actions. D’autres encore achètent des parts de fonds de placement collectifs en actions vendus par les banques, les caisses d’épargne et même la poste. Ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour se constituer leur propre portefeuille.

Comme les plus riches, alors qu’ils n’étaient pas la cible annoncée de ces impôts, ces nombreuses personnes qui constituent les classes moyennes vont voir leur pouvoir d’achat diminuer. Ces nouveaux impôts vont les atteindre immédiatement pour une partie et pour l’autre plus tard, au moment de leur retraite.  Leur participation à la diminution du déficit national est certes légitime, mais son annonce a manqué de transparence.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Gaz de schiste : les citoyens doivent savoir.

L’enjeu est national et fondamental.

A 61 milliards d’euros, le déficit de notre balance commerciale est insupportable. 88% correspondent à l’importation d’énergies fossiles. Ce déficit va exploser. Les prix de l’énergie importée vont s’envoler. Menée par la  Chine, la demande des pays émergents va croître. Les coûts élevés de la recherche et de l’exploitation du pétrole off shore pèseront lourdement sur les prix. L’OCDE et l’Union européenne prévoient une augmentation de la consommation nationale. L’arrêt progressif du nucléaire nécessitera une accélération des importations d’énergie. Une alternative à ces prévisions désastreuses doit être trouvée. Il faudra 20 à 30 ans pour que les énergies renouvelables puissent pleinement prendre la relève.

Dans ce contexte, la réussite américaine dans le gaz de schiste ne peut être ignorée. Le prix du gaz en Amérique s’effondre. Il est divisé par quatre. Il remplace le charbon avec 50% d’émissions de CO2 en moins.   Le principal charbonnage d’Alabama dépose son bilan. Le gaz concurrence le pétrole. A puissance énergétique égale, il coûte quatre fois moins cher.

Des usines, grandes consommatrices d’énergie, se réinstallent en Amérique. Importateur de gaz, le pays devient exportateur. Ce succès contribue à la réduction du déficit de la balance commerciale. Il devrait permettre de gagner un demi-point de Produit Intérieur Brut (PIB) par an. Des centaines de milliers d’emplois sont créés.

Les premières études géologiques montrent qu’en Europe, la France est la mieux placée. La région industriellement dévastée du Nord-Est serait au premier rang. Une loi de 2011 interdit en France la fracturation hydraulique, seul processus actuel d’exploitation du gaz de schiste, mais elle ne s’oppose pas à l’exploration.

Deux ou trois ans d’exploration géologique sont nécessaires avant d’envisager l’exploitation du gaz. Il est urgent d’évaluer l’importance des gisements, de connaître les formations géologiques qui détermineront les moyens à mettre en œuvre. Pendant ce temps, une étude approfondie doit être menée en dehors des passions qui empoisonnent le débat actuel. Les dizaines de milliers de puits en activité en Amérique permettent un examen déterminant. En particulier estimer la consommation d’eau, les dégâts résultant de miniséismes, la pollution résultant de rejet de méthane et d’eau, les atteintes aux nappes phréatiques, et enfin évaluer les progrès constants accomplis dans la fracturation.

Ce sera alors le moment où des décisions citoyennes devront être prises. Toute nouvelle activité engendre des inconvénients. L’important c’est de savoir si les avantages l’emportent. L’enjeu est ici considérable. Il peut influencer de manière déterminante l’avenir du pays. L’examen de l’ampleur de nos ressources et de la faisabilité du projet doit impérativement débuter sans délais.

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Energies renouvelables: la réalité.

La part des énergies renouvelables dans la consommation totale énergétique de la France est actuellement de 7,9%. En 2020, dans 8 ans, cette part devrait atteindre 23% selon le plan d’action national remis à la Commission européenne. (Le Monde, 21 juillet 2012, p.6) Cet objectif semble difficile à réaliser si l’on examine en détail ces énergies renouvelables.

Les trois quarts d’entre elles sont des sources d’énergie dont le potentiel de développement est faible. Il s’agit pour 20% de l’hydraulique et l’on sait que les principaux sites possibles sont déjà équipés. 46% correspondent au secteur « bois-énergie ». La forêt constitue une ressource renouvelable mais, à moins de destruction des massifs par une surexploitation, ses possibilités sont limitées. De plus l’énergie dégagée par le bois est une source de pollution atmosphérique égale à celle du charbon et donc inacceptable. Enfin 10% correspondent aux biocarburants. Pour le moment ils résultent principalement de plantes cultivées servant aussi à la nourriture humaine ou animale. Un problème d’éthique est posé. S’ajoute un prix de revient qui n’est pas compétitif avec le prix du pétrole si on applique aux biocarburants les mêmes impôts.

Les éoliennes et le solaire thermique sont les énergies renouvelables emblématiques. Fin 2011, elles ne représentaient que 5,4% pour la première et 1,2% pour la seconde des énergies renouvelables. Leur part actuelle dans la consommation totale d’énergie, 0,68% et 0,15%, ne sont que très marginales.  (5,4+1,2 = 6,6 / 7,9 = 0,83%) Tout doit être fait pour faciliter leur développement rapide. Mais, même en multipliant par dix en huit ans leur participation, leur appoint sera significatif mais insuffisant.

On ne peut espérer une diminution de la consommation malgré les mesures d’économie prises. L’automobile est un exemple. En quelques trente années, la consommation moyenne par véhicule a été divisée de moitié mais entretemps le nombre d’autos en circulation a  presque triplé. S’y ajoutent de nouveaux besoins d’énergie, qu’il s’agisse de l’industrie qui multiplie les robots et les chaînes de production automatisées ou des nouveaux services internet. Les centrales de serveurs utilisent le courant d’une ville et les milliards de lecteurs individuels de toutes sortes consomment toujours plus d’électricité.

A moins de trouver d’autres sources d’énergie produites localement, le déficit commercial de la France déjà trop élevé va devenir insupportable.
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