Déflation ou inflation ?

 

Les avantages de la fonction sont le facteur décisif pour la plupart.

Nombreux sont ceux qui prévoient en Europe une période de déflation à l’instar de celle qui sévit au Japon. A court terme ils devraient avoir raison. A moyen et long terme toutefois, de puissants facteurs de hausse des prix modifieront la scène économique européenne. Il s’agit là de hausses utiles pour sauver la production industrielle et diminuer la dette de la grande majorité des pays européens.

Les matières premières jouent un rôle très important dans les importations en Europe. Or, le cours du pétrole qui a quadruplé depuis la fin du siècle dernier poursuivra son ascension rapide et la consommation mondiale continuera à augmenter alors que sa production atteint son apogée. L’industrialisation accélérée des pays du tiers monde fera s’accroître leurs besoins en matières premières d’origine minière et en renchérira le coût de manière significative.

Il faudra payer le prix de l’abandon progressif du nucléaire, ne serait-ce que pour passer à zéro ses très importants actifs de production mis hors service. Le coût qui restera plus élevé de l’électricité renouvelable, panneaux solaires ou éoliennes principalement, renchérira aussi le prix de l’électricité.  S’y ajouteront les centaines de milliards d’euros nécessaires à la construction de nouveaux réseaux de transport permettant de relier ces nouvelles sources de production aux principaux centres de consommation. Enfin, une capacité non négligeable de centrales classiques devront être construites pour faire face à la demande dans les périodes de non fonctionnement de ces sources d’énergie non permanentes.

On assistera à un renchérissement de nombreux produits manufacturés importés. La hausse des salaires chinois de 10 à 20% par an renchérira le prix de leurs exportations. S’y ajoutera l’appréciation continue du yuan de 3% par an en moyenne par rapport au dollar.

« La planche à billet », pour reprendre un expression familière, continuera à déverser des centaines de milliards dans l’économie. Ce sera comme par le passé le prix à payer pour faire face aux difficultés financières d’une série de pays et relancer la croissance.  Une partie seulement de ces sommes pourra être stérilisée par la Banque Centrale Européenne. Le reste alimentera l’inflation.

Comme aux Etats-Unis, quelques mesures de protectionnisme verront le jour en Europe, certaines officielles, d’autres indirectes et déguisées, telle l’imposition aux importations de nouvelles normes difficiles à appliquer rapidement par les pays exportateurs.

Cette hausse des prix prévisible à terme, recèle un danger auquel il faudra veiller sans faiblir, leur emballement génère en effet une hyper inflation destructrice sans appel de l’économie et de la finance et engendre des cataclysmes politiques. Le monde, et l’Allemagne au premier chef, ne veulent pas revivre ce cauchemar des années vingt et trente du siècle passé.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.