Tous, le nez sur le guidon !

 

Quelles qu’en soient les conséquences, les dirigeants politiques, comme les patrons d’entreprise ou les simples citoyens, tous donnent la priorité à leurs intérêts immédiats. Non seulement ils se préoccupent peu du futur, mais ils l’hypothèquent par des dettes abyssales publiques et privées, qui sont sans remords mises à la charge des générations à venir. Mais un jour la bulle financière dont ils sont les artisans est devenue intenable. Elle éclate, les plongeant dans le désarroi.

Les dirigeants politiques sont obnubilés par leur réélection. Tous les cinq ans leur carrière est en jeu. Alors ils cèdent aux groupes de pression qui demandent sans cesse plus de moyens financiers que l’état n’en possède. Pour satisfaire leur base électorale, les représentants du peuple lancent, années après années, des emprunts sans jamais envisager le moindre remboursement.

Qu’ils soient banquiers ou chefs d’entreprise, les patrons ont les yeux rivés sur le bénéfice annuel. Qu’il baisse, les médias et les actionnaires ne le leur pardonnent pas, ils sont sanctionnés. Les marchés financiers ne sont pas en reste. Les actions de l’entreprise s’écroulent et les concurrents à l’affut reprennent à bon compte la société. Le patron est remplacé. Ce système à courte vue met à mal une politique d’investissements à long terme, condition d’un développement économique pérenne de l’entreprise.

Quel que soit le niveau de ses revenus, le citoyen demande l’augmentation de son pouvoir d’achat. La redistribution ciblée de l’argent emprunté par l’état ne lui suffit pas. Du côté patronal les augmentations sont limitées par la pression des actionnaires et le maintien de la compétitivité de son entreprise. Une partie grandissante des consommateurs, impatients, excluent d’attendre d’avoir les moyens financiers nécessaires pour satisfaire leurs désirs. Des écrans plats à la voiture plus chère, en passant même par les vacances ou la construction d’une piscine, ils empruntent et leurs dettes deviennent insupportables.

Ces différents acteurs sont conscients que cette accumulation démesurée de dettes est une des causes majeures de la crise actuelle. Ils ont tendance à s’en rejeter la cause pour minimiser leur participation à l’effort collectif. Au-delà d’un changement de pratique, la société doit adopter une nouvelle culture économique. Une vision tactique à court terme, qui accumule les dérives financières, doit composer avec une stratégie orientée vers l’avenir. La transition sera douloureuse car elle implique non seulement d’apurer un lourd passé, mais aussi de mettre en œuvre un plan à moyen terme pour assurer la croissance et le bien être futur.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 

 

Italie : bien placée pour sortir de la crise.

 

A l’automne 2011, l’agence de notation Standard & Poor’s rétrograde la note de l’Italie, le taux d’intérêt de la dette à dix ans bondit en un an de 3,80% à 7%. De nombreux économistes et commentateurs prédisent la faillite du pays. La situation est très grave, mais elle n’est pas critique. Quelques chiffres donnent matière à réflexion.

La dette italienne dépasse 1 900 milliards d’euros, soit 121% du PIB. Cette situation dangereuse n’est pas nouvelle. En 1999 le pays n’était pas en crise et pourtant la dette était déjà de 113%. Elle s’est depuis là moins vite accrue que celle de l’Allemagne, qui de 61% en 1999 est passée à 82% pendant la même période.

La dette italienne est détenue pour les 2/3 par des Italiens, ce qui constitue un avantage lors de son renouvellement. L’investisseur étranger change facilement de pays, le national hésite et préfère investir chez lui. Une des plus longues d’Europe, l’échéance moyenne de sa dette est de 7 ans. Le danger de non renouvellement aux échéances annuelles en est diminué.

En 2011, l’Italie a eu un surplus de 0,5% de son budget primaire (avant le service de sa dette). Le FMI prévoit qu’en 2013 ce surplus dépassera 4%, une situation unique parmi les pays de l’Europe méditerranéenne. En 2011, le déficit budgétaire de l’Italie s’établit à 3,9% du PIB, il est de 1% en Allemagne. Les deux pays visent l’équilibre en 2014.

Le taux de croissance de l’économie italienne a fléchi à 1,3% en 2010 alors que l’Allemagne affiche un taux de 3,6%. Mais peut-on ignorer les dix dernières années pendant lesquelles l’Italie a fait la course en tête ? De 1999 à 2010, progression du PNB de 71% en Italie contre 54% en Allemagne. En 1999, le PNB italien représentait 54% de celui de l’Allemagne, il en représente 63% aujourd’hui.

Autre indice important, le taux d’investissement. Il s’élève à 19,3% du PIB en Italie contre 17% en Allemagne. La valeur des exportations italiennes s’établit à 24% du PIB, un chiffre qui reste loin derrière les 60% réalisés par l’Allemagne.

Le programme de réforme des structures trop archaïques entrepris par Mario Monti met fin à une situation politique chaotique. Après une période d’austérité défavorable à la croissance, les données fondamentales solides du pays devraient soutenir une reprise vigoureuse. Troisième puissance économique en Europe, huitième dans le monde, l’Italie a montré pendant ces dernières années son dynamisme économique.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Nucléaire : le monde ne suit pas l’exemple téméraire de l’Allemagne.

 

La catastrophe de Fukushima a rappelé à l’opinion publique mondiale les dangers du nucléaire. Depuis, tous les gouvernements ont réévalué à la baisse leur politique. L’Allemagne est le seul pays au monde qui a décidé l’arrêt total en dix ans de ses 17 centrales représentant 23% de son énergie électrique. Elle est aussi le seul pays qui soit passé à l’action en interdisant la remise en route des 5 sites qui étaient à l’arrêt pour entretien au moment de Fukushima.[1] La Belgique et la Suisse ont également décidé l’arrêt de leurs centrales nucléaires mais sans prendre de mesures concrètes pour le moment.

Dans les autres pays, les quelque 380 réacteurs nucléaires installés restent opérationnels. 67 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde, aucun chantier n’a été arrêté. Sur les 120 projets de nouvelles centrales recensés avant Fukushima, tous ne seront pas abandonnés.[2] L’importance des 17 centrales allemandes devient marginal. Les risques restent importants et le monde dangereux. Les fuites radioactives ne connaissent pas les frontières. Pourtant, malgré Fukushima, le monde n’a pas renoncé au nucléaire. Le courage allemand n’a pas fait école et reste isolé.

L’arrêt du nucléaire en Allemagne signifie l’abandon d’un actif dont la valeur de remplacement avoisine une cinquantaine de milliards d’euros.[3] Pour le monde où vingt fois plus de réacteurs fonctionnent, le coût serait de mille milliards d’euros. De quoi faire réfléchir les dirigeants. De plus, pour faire face à la demande, l’Allemagne comble une partie de son déficit énergétique par la construction de dizaines de centrales au charbon. Alors que le pays devrait diminuer les 40% que représente cette énergie polluante dans la production d’électricité, il les augmente. Un exemple à proscrire.

Tous les pays ont d’ambitieux programmes de développement des énergies renouvelables. Elles joueront un rôle important, ne serait-ce que pour faire face à une consommation d’énergie mondiale qui devrait augmenter de plus de 30% d’ici 2035. Toutefois le renouvelable ne pourra remplacer le nucléaire et les combustibles fossiles que lorsqu’il pourra assurer une production permanente à un prix compétitif.[4] Pour y arriver d’importants investissements dans la recherche sont nécessaires.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Les 52 réacteurs du Japon sont un cas à part. Il n’a pas eu de choix.

[2] Atomic Energy Agency. Sans compter les réacteurs allemands et japonais.

[3] 2 à 3 milliards par réacteur.

[4] Renouvelable : l’hydraulique est renouvelable et permanent mais son potentiel de développement est limité par les sites encore disponibles.