« Dette légitime ». Elle doit augmenter.

 

Il y a 25 ans le déficit de la France résultait pour un quart d’un excès des dépenses sur les recettes et pour les trois quarts d’investissements matériels.[1] Aujourd’hui les pourcentages se sont inversés et la dette devient douteuse.[2]  Ces importants déficits courants engendrent la perte de confiance des agences de notation et des prêteurs. Ils conduisent à des taux d’intérêt exorbitants qui plombent une économie déjà fragile. Pour redresser la situation les marchés exigent de sévères programmes d’austérité qui se font aux dépens de la croissance et plongent les populations dans la désespérance.

Les conséquences négatives de cette rigueur doivent être compensées  par un accroissement substantiel de l’investissement. Il relancera la production, l’emploi et le pouvoir d’achat, en un mot, la croissance. Dans leur récent  livre « Dette indigne ! » Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné listent parmi les financements « légitimes » d’importance ceux concernant des hôpitaux, des écoles, des prestations de santé, des équipements collectifs… Le secrétaire général de l’ONU, Bank Ki-moon, les appellent des « investissements intelligents ».

Un accroissement de la dette lié à des investissements « légitimes » sera accepté par les prêteurs. Mais méfiants, ils demanderont une transparence rigoureuse. Ils veilleront à ce que soient exclus pour le moment des projets non prioritaires qui ne contribuent pas à la relance de l’économie.[3] Ils demanderont que le responsable justifie le bienfondé de l’investissement envisagé et qu’il prévoie dans ses budgets à venir les sommes nécessaires au paiement des intérêts et à l’amortissement de la nouvelle dette.

Certains dénonceront une ingérence dans la souveraineté des états. Ils ont raison. Mais ce sont les états qui ont perdu par une conduite financière aventureuse la confiance des prêteurs. Aujourd’hui ce sont eux, malheureusement, qui sont les solliciteurs. Il ne faut pas oublier que l’argent des grands prêteurs que sont les banques et les assurances appartient aux citoyens. Elle doit, pendant cette période de crise aiguë, être sauvegardé.[4] Avec des dettes qui prennent des proportions insoutenables, le risque de défaut des états grandit et, pour protéger leurs clients, les bailleurs de fonds doivent augmenter le taux des prêts et s’assurer de la « légitimité » d’un nouvel emprunt.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Estimations.

[2] Le niveau de la dette de l’Allemagne par rapport à son PIB est voisin de celui de la France mais le pourcentage utilisé pour les investissements y reste prépondérant.

[3] Comme la construction 

[4] Argent déposé par la clientèle des banques, contrats d’assurance vie souscrits…

Total enrichit les nantis.

 

 Au lieu de consacrer ses importants bénéfices au développement de la société et à l’amélioration du pouvoir d’achat de ses salariés dans le monde, TOTAL distribue des dividendes exorbitants à ses riches actionnaires. Ce discours est sur les lèvres de nombreux politiciens, syndicalistes et commentateurs. Les chiffres publiés en 2010 par Total dans son rapport annuel audité par une grande société internationale de révision peignent une réalité beaucoup plus nuancée.

En 2010, le bénéfice net consolidé s’élève à 6,8% du chiffre d’affaires de 159,3 milliards, soit 10, 8 milliards d’euros. Les dividendes aux actionnaires sont de 5,1 milliards soit 3,2% du chiffre d’affaires.

Plus des deux tiers des actionnaires sont des « institutionnels » tels que fonds de pension, de prévoyance, assurances, fonds de placement collectifs… Les dividendes que ces entités encaissent leur servent à payer des retraites, des sinistres, à rémunérer de petits comptes, à honorer des engagements d’assurance vie… C’est donc au profit de centaines de milliers, voir de millions de personnes de condition relativement modeste que ces dividendes sont payés. On ne peut pas les oublier.

Les actionnaires privés touchent eux un tiers du bénéfice, soit 1,680 millions. Sur ce montant ils vont acquitter leur impôt sur le revenu, qui pour ces personnes « riches » va s’élever à 40%,  laissant un montant à leur disposition de 1 milliard. Une somme énorme, mais ils sont nombreux à la partager. Une somme relativement faible, car elle ne représente que 5% du bénéfice de TOTAL avant impôt de 20,9 milliards.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

La France a manqué la première étape du « solaire »

 

Les principaux fabricants de panneaux solaires en Europe sont allemands. La production française est marginale. La puissance d’énergie solaire installée en France ne représente que le dixième de celle opérationnelle outre Rhin. Un succès pour les Allemands, un échec pour les Français ? Probablement pas, si la France prend aujourd’hui les bonnes décisions.

Les producteurs de panneaux solaires allemands sont à la peine. Solon qui fut le numéro un et emploie encore 800 salariés a déposé son bilan. Q-Cell, le leader actuel, a perdu plus de 90% de sa valeur en bourse et frôle la faillite.  Solarworld  qui suit Q-Cell de près a vu sa production plonger et sa valeur boursière perdre 50%.

La demande de panneaux solaires s’est effondrée l’année dernière lorsque le gouvernement a fortement réduit ses subventions au prix d’achat de l’électricité produite. L’explosion du nombre d’installations pesait trop lourd sur le budget de l’état. L’importation en quantité de panneaux chinois de bonne qualité, dont la production elle-même est largement subventionnée par l’état, a accéléré le déclin. En septembre 2011 la faillite de l’importante société américaine de panneaux solaires Solyndra illustre ce renversement  brutal de situation. Cette société avait pourtant reçu plus de $500 millions de l’Etat fédéral. En pure perte.

L’énergie solaire ne deviendra un facteur majeur dans la production d’électricité que le jour où il ne sera plus nécessaire de soutenir son prix de vente avec des subsides étatiques. Pour devenir compétitif avec les autres formes de production, le rendement des cellules solaires doit augmenter et sa fabrication diminuer ses coûts.

A terme, une politique de financement à grande échelle par l’état d’un produit trop cher est vouée à l’échec. Les fonds disponibles, plutôt que d’être consacrés à la consommation, doivent impérativement soutenir la recherche afin d’obtenir des cellules photovoltaïques plus performantes. Cette recherche, pour être efficace, devrait allier les organismes des recherches étatiques et ceux des sociétés privées, et idéalement se situer au niveau des principaux acteurs européens. La France, qui a pris du retard dans la première étape, est bien placée pour saisir cette occasion de reprendre les rênes.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Natixis, interdiction formelle de spéculer…enfin !

 

 Le 25 février 2012, le groupe bancaire BPCE décide de mettre fin à toutes ses activités spéculatives pour compte propre.[1] Il était plus que temps. La BPCE est issue du rapprochement en 2006 des Banques populaires et des Caisses d’épargne. Avec un manque patent d’expérience, Natixis, leur banque d’affaires, va se lancer massivement dans les opérations spéculatives.

Natixis ne se limite pas à la spéculation classique sur des devises, des titres, des emprunts, des produits structurés opaques. Elle investit des sommes importantes dans le système « Ponzi » de Madoff et perd 450 millions de dollars. Natixis va plus loin et participe elle-même à la création d’actifs douteux en prenant le contrôle aux Etats-Unis de la CIFG, un important réhausseur de crédit. CIFG utilise le AAA de sa maison mère en France pour donner sa garantie et transformer ainsi des prêts risqués en placements recevant cette meilleurs note financière, moyennant une confortable commission. La crise américaine des hypothèques et des emprunts communaux précipitera CIFG dans un abîme financier.

Pour éviter la faillite de Natixis, son capital est augmenté en 2008 de 3,7 milliards d’euros et la BPCE apporte une garantie de 35 milliards d’euros. Rien ne montre plus le désastre que la chute dramatique de la capitalisation boursière de Natixis. 30% du capital a été vendu en 2006 au public sur la base de  19,55 euros par action. Fin février 2012 l’action ne vaut plus que 2,60 euros, malgré un retour aux profits. Le public, qui avait placé sa confiance dans la gestion réputée prudente des Caisse d’épargne et des Banques populaires, a perdu 6,5 milliards d’euros, 87% de son prix d’achat !

Pour la BCPE, qui détient 70% du capital, la moins-value dépasse les 15 milliards. Pourquoi avoir attendu des années pour mettre enfin un terme définitif à cette dérive financière proprement catastrophique ? Comment justifier un pareil manque de contrôle alors que l’état, par la Caisse des Dépôts et Consignations, est le principal intervenant à la BCPE ?

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 

 



[1] AFP. « Compte propre » argent appartenant aux actionnaires. La décision ne concerne pas les dépôts des clients pour lesquels la banque suit les instructions de celui-ci.