Stock options : scandaleuses ?

 

Il est essentiel d’avoir à la tête d’une entreprise un homme capable d’en assurer le fonctionnement et le développement d’une manière rentable. L’avenir de la compagnie, le nombre et la stabilité des emplois en dépendent. Contrairement à une idée reçue, pour une société donnée, le nombre de patrons qualifiés pour la diriger est très faible.[1] Pour les recruter, il est nécessaire de leur donner des compensations motivantes.

Pas de retraites « chapeau », pas de parachutes dorés, ce ne sont que des garanties pour ceux qui manquent de confiance en eux-mêmes. Pas de salaires abusifs, pas de bonus extravagants qui privilégient les résultats à court terme. Un patron doit avoir une vision à moyen ou à long terme (selon le type d’activité). Il doit être un entrepreneur prêt à prendre le risque de lier sa compensation au succès de l’entreprise. Les stock options correspondent à cette vision des choses.[2]

Le dirigeant n’est gagnant que si au bout de quelques années il a obtenu de bons résultats et que le prix de l’action a monté. Sinon il ne touche rien, ce qui est malheureusement trop souvent le cas. Pendant ces années, le bénéficiaire de l’option n’encaisse aucun dividende. Sa gestion n’est donc pas liée à une performance annuelle. L’attribution de stock options n’est pas décidée par le Conseil d’administration, mais par l’Assemblée générale des actionnaires, car elle requiert une augmentation de capital. Elle ne coûte rien à l’entreprise, car elle est assumée directement par les actionnaires qui ont vu leur participation au capital de la société diluée par cette augmentation de capital. Ces critères de compensation correspondent bien aux exigences actuelles des dirigeants politiques.

L’importance des stock options accordées et l’augmentation du prix de l’action correspondante en bourse peut produire pour les meilleurs gestionnaires des plus values de plusieurs millions. Des gains que l’on peut qualifier de scandaleux lorsqu’ils sont comparés aux salaires payés par l’entreprise. Ce serait remettre en cause le système capitaliste et il faudrait alors proposer une autre solution. C’est un débat de fond qui n’a pas abouti jusqu’ici. Alors, si l’on admet que sur une longue période les actionnaires d’une société peuvent voir leur capital doubler, voire décupler en bourse, peut-on refuser à celui qui a bien géré leurs biens de recevoir un ou deux pour cent de leur enrichissement ?

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] L’auteur parle d’expérience. Ce sujet fera l’objet d’un autre article.

[2] Stock option : droit attribué à une personne de pouvoir acheter après un délai de quelques années des actions de son entreprise au prix ayant cours au moment de cette attribution.

Les Etats-Unis abandonneront le Moyen- Orient.

 

Dans les années cinquante le Moyen-Orient représente les deux tiers des réserves mondiales d’un pétrole facilement accessible. Pour les Occidentaux, et les Etats-Unis au premier chef, disposer en quantité de ce pétrole est primordial. Il ne faut pas le laisser tomber entre les mains des Soviets.

Les années passent et la dépendance des Américains au pétrole moyen- oriental s’estompe. Washington se tourne vers des ressources pétrolifères plus proches et moins coûteuses à contrôler. En 2007, les importations du Moyen-Orient ne représentent plus que 20% des besoins du pays. 65% des importations américaines viennent des Amériques et d’Afrique Occidentale où de nouveaux gisements sont exploités.[1]

Les Américains vont poursuivre cette politique en investissant dans les schistes bitumineux, la production de gaz par fracturation de roches, le développement d’importants gisements en grande profondeur.[2] A moyen terme leur dépendance du Moyen-Orient baissera à 10%, à long terme à 5%. Ils retireront alors leur très importante présence militaire d’Arabie Saoudite et du Qatar. Ils renforceront leur présence dans le Pacifique.

Qui prendra la suite ? L’Europe, bon an mal an, faute d’alternative, devra continuer à importer 40% de son pétrole du Moyen-Orient. Mais elle est incapable de sécuriser la région. L’arrivée en force de la Chine et de l’Inde, remplacera les Etats-Unis. Importateur marginal après la guerre, dans les années 2000 l’Extrême- Orient dont les besoins sont exponentiels a importé 183 millions de  tonnes contre 147 millions par les Etats-Unis.[3]

Les Chinois remplaceront les Américains. A la présence militaire succèdera une « colonisation » économique. Le chaos devrait être évité, mais sans le « parapluie » militaire de l’Amérique, certains équilibres actuels  de la région pourraient être remis en question.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Sources CNUCED d’après des données du COMTRADE. Mexique, Venezuela, Nigéria, Algérie, Angola, Canada…

[2] Notamment au Canada, aux Etats-Unis, au large du Brésil….

[3] CNUCED d’après des données du COMTRADE.

L’Amérique a ouvert les portes à la spéculation

 

Il existait de sérieux freins à la spéculation. Un à un les Etats-Unis les ont supprimés. Des banques, des assureurs, des fonds de pension, des hedge fonds, des traders, même des institutions étatiques en ont profité. On sait où ce monde sans contrôle nous a menés.

En 1946, les accords de Bretton Woods ont établi par le lien de l’étalon-or un taux fixe entre les différentes monnaies nationales. La spéculation sur les changes devenait impossible. L’exportateur savait à l’avance que le montant de sa vente ne subirait pas de fluctuation. Le 15 août 1971, le président Nixon met fin à ce régime. Le taux de change des devises fluctuent, introduisant un facteur d’incertitude dans le commerce international et ouvrant la voie aux spéculateurs.

En 1933, au plus fort de la crise, le président Roosevelt avait promulgué le Glass Steagall Act. Dorénavant, banques de dépôts et banques d’investissement  ne pourront plus appartenir à une même société. L’argent du public ne pourra plus servir à financer des opérations spéculatives. Le 12 novembre 1999, le président Clinton abroge cette loi. Les spéculateurs peuvent maintenant risquer l’argent des déposants.

Fannie Mae et Freddy Mac sont deux instituts de prêts hypothécaires  chargés de promouvoir l’accès à la propriété. Ils dépendent de l’Etat qui, en 2004, étend leur mandat aux familles les plus défavorisées. Les règles limitant les risques sont abandonnées. Pour soutenir la construction et la croissance, l’Etat décide de prêter à un pour cent d’intérêt. Le montant des prêts à des familles non solvables s’emballe et représente des milliers de milliards de dollars dont plus de la moitié se trouvent dans les deux instituts gouvernementaux. Une bulle immobilière se forme. Elle explose et entraîne la crise dite des « subprimes ». Des millions d’Américains sont ruinés. Un gouffre financier met un grand nombre de banques dans le monde en difficulté et même en faillite. Elles ont imprudemment acheté des paniers d’hypothèques douteuses vendues sous forme d’actions par les deux instituts et des banques américaines. 

L’administration américaine a failli. Elle devait maintenir les garde-fous. Si elle décidait de les démanteler, le contrôle des dérives en résultant s’imposait. Cette double erreur a ouvert la porte à une spéculation débridée. On doit la condamner, mais se rappeler que les hommes, chacun à son niveau, ont toujours saisi toutes les opportunités s’offrant à eux pour gagner de l’argent.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

France, non au gaz de schiste, Allemagne oui.

 

Le groupe Total vient de décider d’investir aux Etats-Unis $ 2,3 milliards dans l’exploitation de gaz de schiste. Le pétrolier veut s’assurer des sources de gaz naturel. Il sait que dans le monde et en Europe en particulier sa consommation va rapidement augmenter. Aux Etats-Unis l’Energy Information Administration estime pour 2009 que le gaz de schiste représente 14% de la production de gaz américain et projette un pourcentage de 46% en 2035.[1]

En Europe les géologues estiment que la France, l’Allemagne et la Pologne possèdent les gisements de gaz de schiste les plus prometteurs. Actuellement la Pologne effectue des recherches géologiques. L’Allemagne a entrepris des forages et va lancer un programme de fracturation des roches pour libérer le gaz. La France interdit toute exploitation et même des recherches pour évaluer l’importance des gisements. Craint-on que si ces recherches confirment l’existence d’importants gisements, la tentation de les exploiter ne l’emporte ?

Que ce soit au Texas, au lac Maracaibo au Venezuela ou dans les provinces maritimes du Nigeria, l’exploitation pétrolifère offre un paysage de désolation totale. La dégradation entraînée par l’extraction du gaz de schiste est heureusement bien moindre bien que très réelle. S’ajoutent les risques que cette exploitation comporte : énorme consommation d’eau, conséquences sismiques possibles, pollution éventuelle des nappes phréatiques par les produits chimiques utilisés.

Soit, mais la France importe près de 40% de son énergie de pays qui subissent ces dégâts. Pour le pétrole, elle peut arguer que la question ne se pose pas, elle n’en a pas. Mais pour le gaz de schiste, la problématique est tout autre. La France a besoin de gaz, mais même si elle en possède, elle refuse son exploitation. Elle importera. Aux autres pays de subir les conséquences de son extraction.

Total devra investir à l’étranger pour satisfaire les demandes du marché français. A-t-on suffisamment pris en compte l’impact positif d’un premier investissement  de Total de $ 2,3 milliards dans l’extraction du gaz en France ?  Des emplois et des impôts supplémentaires, une diminution du déficit de la balance commerciale, une contribution à la souveraineté énergétique du pays. De quel côté penche la balance entre problèmes et avantages ?

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Economiste, 19 novembre 2011.