Investir pour relancer la croissance

 

De sévères mesures d’austérité conduisent au ralentissement de l’économie et même à la récession. Il est donc impératif en parallèle de relancer la croissance. Des investissements massifs constituent un des principaux moteurs pour y arriver. L’Etat ne peut plus s’engager sans augmenter une dette déjà excessive. Pourquoi ne pas faire appel à l’épargne publique ?

Cette épargne dépasse les 2.300 milliards d’euros même si on ne prend en compte que les dépôts dans les caisses d’épargne et les assurances vie, l’investissement préféré des Français aujourd’hui. Ces sociétés  cherchent de nouvelles possibilités d’investissement pour les plans d’épargne qu’elles gèrent, afin de moins dépendre de la dette souveraine française ou étrangère. Si les investissements proposés assurent une rentabilité suffisante et un risque limité, il est raisonnable de penser que 10% de cette immense somme, soit 230 milliards, est mobilisable pour des projets d’intérêt publics.

Cette approche a déjà été utilisée avec succès par le passé. Que l’on pense aux milliers de kilomètres d’autoroutes, aux dizaines de parkings souterrains concédés par l’Etat pour une durée déterminée et avec un cahier des charges précis. Pourquoi ne pas l’étendre à la construction et l’exploitation de voies ferrées ou d’aérodromes ? On peut aller un pas plus loin et concéder à des capitaux privés issus de l’épargne la propriété et la construction de nouveaux hôpitaux, universités ou même prisons. Un bail de longue durée assurera la viabilité financière de l’opération .

L’importance titanesque de ces travaux entraînera pour plusieurs années un enchaînement vertueux : diminution de chômage, reprise industrielle, augmentation du pouvoir d’achat disponible, reprise de la consommation….L’engagement d’une telle politique rendra confiance aux investisseurs étrangers. Encore faudra-t-il faire preuve d’une détermination sans faille et simplifier rapidement les règles trop contraignantes et le délais administratifs paralysants.

Certains préféreraient que ce soit l’Etat qui s’engage lui-même. Il suffirait de lever un emprunt national. Mais de nouveau on accroît la dette publique. Il reste une solution : l’impôt qui prélève les fonds sur des millions d’épargnants . Indépendamment du caractère autoritaire de la méthode, elle pénalisera le revenu des ménages et la consommation. Un cercle vicieux serait engagé.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Perdre son AAA, un drame ?

 

La perte par la France de son triple A constitue un événement négatif sévère pour le pays. Mais est-elle catastrophique ?

L’emprunt à dix ans est représentatif des emprunts à moyen et long terme qui constituent plus de 75% du portefeuille du Trésor français. Pendant le premier semestre 2011 son taux moyen était de 3,54%. Un taux plus élevé que celui de 3,20% à fin novembre malgré l’accélération de la crise.

Avec une notation de AA, le taux actuel en Belgique de l’emprunt à 10 ans oscille autour de 5%. L’agence de notation Standard&Poor’s a mis en examen les états européens ayant la note AAA, l’Allemagne comprise. La France est menacée de rejoindre la Belgique. Pour 2012, Bercy prévoit d’avoir 80 milliards de déficit de son budget à financer. Le surcoût résultant d’un taux de 3,20% passant à 5% sera de 1,45 milliards d’euros. La même année 100 milliards d’emprunt viennent à échéance et doivent être renouvelés. Reprenons le cas représentatif du 10 ans. Les 100 milliards ont été empruntés en 2002 à un taux moyen de 4,88%.[1] Le coût supplémentaire se limitera à120 millions d’euros. On voit que même dans l’hypothèse très négative d’une dégradation de la note française de AAA à AA+ puis AA, l’augmentation des taux n’aura à court terme qu’un effet sans conséquences majeures sur l’équilibre des comptes du pays.[2] Sa crédibilité financière s’en trouvera néanmoins atteinte.

Les conséquences politiques sont-elles plus graves ? Les USA avec une note AA+ et le Japon avec celle de AA restent des acteurs importants de la scène politique. Pourquoi en serait-il autrement pour la France, cinquième économie mondiale, avec un AA ou un AA+, elle aussi ? Le poids politique de la France dans le concert européen dominé depuis des années par l’Allemagne changera-t-il ? Logiquement oui, pratiquement peu. Berlin ne décidera pas de quitter l’euro pour un retour au Deutsche Mark et la France restera son partenaire obligé et préférentiel en Europe.[3] Il n’existe pas d’alternative.[4]  A moyen terme, les Etats-Unis sont condamnés à s’entendre avec la Chine. De même le « couple » franco-allemand doit vivre ensemble, il ne peut pas divorcer. Sur le plan de la campagne présidentielle, c’est une autre problématique, plus émotionnelle et politique.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Banque de France. Comité de normalisation obligataire.

[2] Les emprunts à 10 ans à renouveler en 2013 et 2014 ont été souscrits à l’époque à 4,14% et à 4,10% respectivement.

[3] Sauf dans l’hypothèse toujours possible mais improbable d’un chaos menant à la désintégration de l’Union européenne et de l’euro.

[4] L’alliance avec deux pays aux économies proches de l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche, ne font pas économiquement ou politiquement le poids nécessaire.

Vaincre la crise européenne

 

Une solution possible.

La Banque centrale européenne (BCE) décide de dévaluer le taux de change euro/dollar de 1,35 actuellement à 1,10. Une opération que nombre d’économistes jugent impossible. Pourtant la Banque nationale suisse, pays sans contrôle des changes, vient de réussir à modifier le taux de change entre le franc suisse et l’euro, passant de 1 à 1,20. Elle a annoncé qu’elle soutiendrait l’opération en émettant sans limites les francs suisses nécessaires. La spéculation n’a pas tenté sa chance contre un pays financièrement vulnérable dont le PIB ne dépasse pas 5 ou 6% du PIB de l’Europe.

Si la BCE dévalue ainsi l’euro, elle devra garantir de manière déterminée et sans faille qu’elle mettra sans limites le nombre d’euros nécessaires pour défendre le seuil de 1,10 euro par dollar. L’exemple de la Suisse, pays germanique, vertueux et prudent, devrait rassurer les Allemands. Moins encore que dans le cas suisse, la crainte d’une attaque massive de la spéculation ne doit être redoutée. Elle n’est pas de taille à lutter contre la deuxième puissance mondiale. L’utilisation limitée de la planche à billets n’entraînera pas d’inflation massive comme dans les années 1920.

Sans modifier leur prix de production, les exportations européennes peuvent baisser leurs prix de quelque 20% dans les pays d’importation liés directement ou indirectement au dollar dont le très important yuan chinois. L’Europe retrouve pendant quelques années sa compétitivité. Finis les déficits des balances commerciales. Les réserves de devises s’accumulent, confirmant une nouvelle santé de l’euro et garantissant sa survie. L’augmentation des prix des produits importés, relance la production nationale et freine les délocalisations.

L’accroissement des exportations entraîne une augmentation sensible de la production, une embellie soutenue de l’emploi, une diminution du chômage, une reprise du pouvoir d’achat et de son corollaire la consommation, soutien supplémentaire à la production. Le cercle vertueux fonctionne et on échappe au cercle vicieux : austérité, récession, déficit. Le Produit National Brut (PIB) progresse. La relance de la croissance réclamée par tous les peuples d’Europe se matérialise. Même l’Allemagne en aura besoin, car sa croissance exemplaire s’essouffle rapidement.

La BCE, si elle finance directement ou indirectement les déficits des pays membres vulnérables, ne s’attaque pas aux racines du mal. La dévaluation, elle, relance la croissance de chaque pays et leur laisse le temps de mettre en place les réformes nécessaires au rééquilibrage de leurs comptes. La BCE aura joué son rôle normal de défense de l’euro.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.