Madame Merkel, il est presque minuit.

 

La chancelière allemande a raison de refuser de venir au secours des états méditerranéens en pleine crise financière. Que ce soit sous forme d’eurobonds, du Fonds de stabilité financière, d’achat de dettes par la BCE, il s’agit toujours de faire marcher la planche à billets. Ne serait-ce pas encourager ces pays à retarder l’adoption de réformes en profondeur essentielles au rétablissement de leur santé ?

Pour le député vert (Die Grünen) et ancien vice-chancelier Joschka Fischer, « la crise européenne ne résulte pas de trente ans de néolibéralisme, de l’éclatement de la bulle des actifs alimentée par la spéculation, de la violation des critères de Maastricht, d’une dette record ou des banques rapaces. Aussi importants soient ces facteurs, l’Europe se trouve en difficulté du fait de l’absence d’un gouvernement commun.»[1]

C’est l’ultime but que fixe Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances : une union politique avec un président élu directement par les peuples. Pour parer au plus pressé, il demande l’adoption par les chefs de gouvernement d’une mesure à court terme : l’union fiscale. Il faut soigner la maladie, pas simplement faire disparaitre les symptômes.

Que se passerait-il si la défiance des marchés rendait insupportable la spirale des hausses de taux d’emprunt ? Il en résulterait des défauts de remboursement d’un ou plusieurs pays qui entraîneraient l’écroulement de la zone euro. Ce serait le chaos pour tous les pays membres, et l’Allemagne serait aussi emmenée dans la tourmente.

On sait que dans ce type de crise, l’emballement peut être très rapide, une question de jours, peut-être d’heures à moins d’une intervention massive. L’Europe et l’Allemagne sont-elles capables de réagir dans l’urgence ? Est-il 22 heures ou presque minuit ?

Ce soutien financier pour être crédible doit être important et illimité. Il doit être assorti d’une « mise sous tutelle » des pays en difficultés sous une forme plus ou moins contraignante à définir. Les premiers pas dans cette direction viennent d’être accomplis par Bruxelles et le FMI pour la Grèce et l’Italie. C’est le prix à payer pour sortir d’une crise financière catastrophique dans la         quelle ces pays ont sombré.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Figaro 7-11-2011.

Quand sortir du nucléaire ?

 

Doit-on suivre l’exemple de l’Allemagne qui a décidé l’arrêt de toutes ses centrales nucléaires d’ici dix ans ? Elles ne représentent que 23% de sa production d’électricité contre 75% en France. Ses ressources en charbon et en lignite sont immenses et fournissent 43% de l’électricité du pays. Le problème se pose donc différemment en France.

La décision allemande ne la met pas à l’abri d’une catastrophe atomique. La Chine et l’Inde, pour ne parler que d’elles, ont en route un important programme de construction de centrales nucléaires. Or les nuages radioactifs ignorent les frontières et font le tour du globe. Sans accord mondial, aucune sécurité n’est assurée. La politique allemande prive le pays d’importants actifs de production déjà payés qu’il faut remplacer à grands frais.[1]

En France une large partie de la population préconise de sortir « progressivement » du nucléaire. Formule trop vague que certains précisent en demandant qu’à l’horizon 2025 la dépendance au nucléaire diminue de 75 à 50%.[2] Il est raisonnable d’estimer que la consommation va augmenter de 2,5% par an.[3] La croissance, l’augmentation de la consommation, la voiture électrique sont au programme des partis politiques.[4] La demande croissante d’électricité ne sera pas compensée par les économies d’électricité librement acceptées par les citoyens.

Sur 14 années, une augmentation annuelle de 2,5% signifie que la consommation et la production devront augmenter de 40% par rapport à aujourd’hui (taux composés). Si la production des centrales nucléaires en kilowatts reste au niveau actuel, la dépendance du nucléaire ne sera plus que 50%, le but recherché dans une première étape. Il faudra donc prévoir de remplacer les sites arrêtés par de nouvelles centrales. Les 50% non nucléaires restants donnent aux énergies renouvelables des possibilités de développement dépassant probablement les prévisions les plus optimistes.

L’étape suivante se situe dans le long terme et devra être élaborée dans les années qui viennent en tenant compte des évolutions technologiques, économiques et politiques. Une information importante concernant le nucléaire sera la connaissance du prix réel de revient du kilowatt produit en tenant compte du coût du démantèlement des centrales fermées.

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[1] Voir sur le site « Expliquez-moi.org » l’article « Politique énergétique allemande : un modèle ? » 27 septembre 2011

[2] François Hollande sur France 2 le 15 septembre 2011. Répétée plusieurs fois depuis.

[3] Un chiffre fondamental souvent contesté qui résulte du dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie.

[4] A l’exception de Génération écologie, les verts.

La Chine arrive : l’Europe frissonne et s’interroge.

 

Lorsque le président Hu Jintao évoque le soutien financier de la Chine à l’euro, une tempête de protestations s’élève.[1] « Le péril jaune » se matérialise, disent les uns. Pour d’autres « l’Europe se livre pieds et poings liés ». D’autres encore parlent de contreparties économiques inacceptables.[2]

On est loin d’une Europe vaillante qui souhaitait, il y a peu de temps, voir l’euro devenir une « monnaie de réserve » destinée à mettre fin à l’hégémonie mondiale du dollar. En cas de succès, une partie des transactions internationales auraient été libellées en euros. Une importante masse d’euros aurait dû alors être mise sur le marché afin de soutenir le nouveau rôle de cette devise. Il aurait été hors de question d’empêcher qu’une partie de ces nouveaux euros soient investis dans la zone euro. 

De son côté la Chine, qui détient la valeur de 2.320 milliards d’euros de devises, désire moins dépendre du dollar. L’euro est son seul choix possible étant donné la taille de ses investissements. L’intérêt de la Chine pour l’euro se justifie d’autant plus que, devant les USA, l’Europe constitue son plus important marché d’exportation. Il doit impérativement être pérennisé, même au prix de financements importants en euros.

Actuellement 70% de la dette d’états étrangers détenue par la Chine est américaine et 20% européenne.[3] Cet afflux de capitaux chinois en Europe n’a jamais été dénoncé comme une atteinte possible à la souveraineté de l’Union européenne. Pourquoi en est-il autrement aujourd’hui ? Cette marque de confiance de la Chine ne doit-elle pas au contraire être considérée comme un certain satisfecit donné à la zone euro ?

Le « nouveau monde » est né aux Etats-Unis, un autre émerge aujourd’hui en Asie. L’Europe a survécu et survivra, certes affaiblie mais toujours essentielle. Encore faut-il qu’elle organise plus solidement  sa gouvernance.

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[1] Finalement, il semble plus probable que le soutien financier se fera via le Fonds Monétaire International.

[2] Surseoir à toute modification de la valeur du Yuan et droit de douane préférentiel pour les produits chinois.

[3] Y compris la Grande-Bretagne.

L’Euro est mort, vive le Dollar.

 

Pour de nombreux commentateurs politiques, économiques et financiers, l’euro va inéluctablement être emporté par la crise qui met l’Europe à genoux. Le dollar-roi en sortira plus dominant que jamais. Pourtant, même en mauvaise santé, l’Europe et sa monnaie se portent nettement mieux que l’Amérique et son dollar.

On oublie souvent que le revenu intérieur brut (PIB) de l’Europe fait jeu égal avec celui les Etats-Unis, première puissance industrielle du monde.  Indice important de sa vitalité, la balance commerciale du vieux continent frôle l’équilibre. Celle de l’Amérique est désespérément déficitaire.[1]

L’endettement moyen de l’Europe atteint un peu plus de 80% de son PIB, un niveau dangereux. Dépassant 100% de son PIB la dette des USA a dépassé la cote d’alerte. Autre indice important, le taux d’inflation annuel. Il atteint 4% outre atlantique et n’atteint que 3% sur le vieux continent. La BCE a encore une marge de manoeuvre, son taux directeur est de 1,25 alors qu’il est proche de zéro aux Etats-Unis.

Face au dollar, la force actuelle de l’euro reflète le soutien relatif des financiers à l’Europe. Sinon pourquoi un euro vaudrait-il $1,38  actuellement ? Rappelons qu’il a été émis initialement à 1 pour 1 dollar et qu’en 2000, alors que l’Europe n’était pas en crise, l’euro est descendu à 0,82 pour un dollar. Les agences de notation ne se sont pas trompées. La note de la dette souveraine américaine n’est créditée que d’un AA+, alors que le seul instrument financier en euros commun à l’Europe, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) s’est vu décerné un AAA.

Cette convergence d’indices positifs pour l’euro n’a manifestement pas été retenue par ceux qui attaquent les pays d’Europe l’un après l’autre. L’explication, qui nécessite quelques développements, se résume en peu de mots : « le manque de solidarité inconditionnelle entre les nations européennes ».[2]

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[1] Balance commerciale : différence entre ses exportations et ses importations. Le déficit commercial américain atteint presque 20%.

[2] Un autre article traitera du sujet.