Supprimer les Agences de notation.

 

De la gauche à la droite, les politiques dénoncent avec plus ou moins de violence le rôle des Agences de notation. Ces sociétés privées, outre une compétence souvent critiquée, se sont arrogé le droit de juger de la santé financière des Etats. Une dictature inacceptable de la finance internationale sur les peuples démocratiques et leurs gouvernements domine le monde. Ne faut-il pas les interdire et créer un agence de notation publique indépendante ?

Dans la pratique, il est impossible de supprimer une société privée qui opère légalement dans un pays tiers. Les sociétés de notation n’ont d’ailleurs d’influence sur les marchés qui si elles sont crédibles aux yeux des investisseurs. La question qui se pose est de savoir si ces investisseurs considéreront comme plus crédible une agence publique dont « l’indépendance » vis-à-vis des pouvoirs publics est loin d’être évidente.

Récemment, les notations des deux pays dont la puissance financière domine le monde, les Etats-Unis et le Japon, ont vu leur note abaissée. Les médias ont largement commenté cet « important événement ». Il a pourtant été jusqu’à présent sans conséquence.

Aux Etats-Unis, au lieu de voir les taux d’intérêt des bons du trésor à 10 ans s’apprécier, on les a vus légèrement diminuer.  Au Japon, le taux de change du yen en dollar ne s’est pas tendu. En d’autres termes, les marchés n’ont pas réagi à l’annonce par les agences de notation de cette dégradation financière.

L’influence de ces agences n’est-elle pas surestimée ? De plus en plus les grands investisseurs institutionnels, banques, assurances, organismes d’Etat, fonds de pension…. mettent en place leurs propres services d’évaluation des risques qu’ils prennent. Les notes données par les Agences de notation ne deviennent alors que l’un des paramètres participant aux décisions d’investissement. L’enjeu financier est beaucoup trop important pour s’en remettre à un tiers, fût-il une agence d’Etat.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Politique énergétique allemande : un modèle ?

 

Les opposants au nucléaire citent en exemple la décision de l’Allemagne d’arrêter définitivement ses 5 sites en révision et de fermer les 12 sites restants en 10 ans.[1] C’est 23% de la production d’électricité qui doivent être remplacés alors que celle-ci devrait augmenter d’au moins 20% pendant cette période.

Le charbon et la lignite représentent déjà 42% de la production. Ces centrales sont parmi les plus polluantes d’Europe. Il n’est donc pas question d’en augmenter le nombre. Il faudrait au contraire, pour éviter le réchauffement climatique, en programmer la fermeture tant que les technologies de capture et de stockage du carbone qu’elles émettent n’auront pas été commercialement mises au point.

Les éoliennes et le solaire ont en commun un handicap important. Leur production n’est pas permanente et le stockage de leur énergie n’est pas économiquement envisageable avant de longues années. D’importantes unités de production pouvant prendre le relais doivent être installées.

En Allemagne les oppositions locales empêchent les installations d’éoliennes. Elles se concentrent donc off shore en Mer du Nord. La construction à grands coûts de lignes à très haute tension devient une nécessité pour alimenter le centre et le sud du pays.

Le solaire a connu un coup de frein dévastateur lorsque, devant l’explosion des demandes, l’Etat a réduit les subventions destinées à aligner le prix de l’énergie produite sur celui du marché.

Pour faire face à un déficit de production que l’on peut estimer dans 10 ans à au moins 30%, le ministère de l’économie préconise le recours à des centrales au gaz naturel importé et l’achat de courant à l’étranger. Une dépendance économique majeure pour l’Allemagne qui abandonne ainsi une partie de sa souveraineté énergétique.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com



[1] Voir en particulier  les articles de The Economist du 20 août 2011 p.55 et Le Temps du 3 mai 2011 p. 6.

Obama, « le succès dépend des travailleurs et des patrons ».

 

 « A la fin, la réponse à nos problèmes économiques n’est pas tant entre mes mains ou celles de représentants que celles des travailleurs américains et de leurs employeurs (…) Ce sont les employeurs petits et grands qui créent des emplois, génèrent des salaires et constituent la fondation dont dépendent la vie et le rêve du peuple américain. Tout ce que nous pouvons faire, à Washington, est de contribuer à créer un climat favorable dans lequel les travailleurs peuvent prospérer, le business bien se porter et l’économie croître ».[1] Venant d’un président qui représente le grand parti de la gauche américaine, cette déclaration de Barack Obama prend toute sa valeur.

L’Allemagne a depuis longtemps appliqué cette politique qui est une des composantes essentielles de son succès économique et financier. On ne s’oppose pas entre de puissants syndicats et un patronat unifié. On négocie le temps qu’il faudra pour trouver la meilleure solution pour les deux partis. En France, reste historique de la « lutte des classes » du siècle passé, on s’affronte trop souvent encore entre patrons et ouvriers. L’Etat multiplie les règlementations et les contraintes, qu’elles soient administratives, financières ou sociales. 

Pour aller vers un consensus qui ménage les intérêts des deux parties, il est impératif d’avoir des syndicats plus représentatifs, des entreprises plus responsables et solidaires, un gouvernement et son administration facilitateurs permanents de cette politique. Il s’agit d’une véritable révolution culturelle, qui ne sera un succès que si tous les citoyens la soutiennent  activement, allant au-delà de leurs clivages idéologiques. 

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com



[1] Le Temps, samedi 27 août 2011, p. 2.

Lagarde : La rigueur tue la croissance.

 

La mise en garde dans le Financial Times du 15 août 2011 de la directrice générale du FMI est claire. Elle appelle les « économies avancées » à ne pas tuer la croissance en luttant contre la dette. Elle explique qu’il ne faut pas laisser « le coup de frein budgétaire bloquer la reprise mondiale ».[1] De nombreux syndicats et partis politiques eux aussi dénoncent les mesures de rigueur prisent récemment. Elles vont freiner une croissance déjà anémique. Une croissance que tous les acteurs de la vie politique jugent essentielle pour assure la survie, sociale, économique et financière de la France.

Mais alors comment éviter de diminuer le déficit budgétaire qui conduit à l’augmentation de la dette publique, déjà « insupportable ». Unanime, la classe politique demande des mesures pour ne pas l’alourdir et même pour la diminuer. Elle sait que si ce n’est pas le cas, les prêteurs perdront confiance. La notation des emprunts d’Etat s’effondrera, les taux d’intérêt exploseront, creusant encore le déficit et par conséquent l’endettement du pays.

On arrive à un paradoxe. Des hommes politiques dénoncent l’insuffisance des mesures d’austérité actuelles. Elles sont, disent-ils, largement insuffisantes pour juguler le déficit. Et en même temps ils estiment impératif de diminuer la dette. Le dilemme est imparable. Sa solution à court terme doit-elle être un compromis entre rigueur et croissance et à plus long terme, la refonte en profondeur des impôts, des dépenses et de l’organisation de l’Etat ? Une telle reconstruction révolutionnaire n’est envisageable qu’en début d’un mandat présidentiel. Elle risque de s’imposer dans la douleur d’un chaos sociétal si rien n’est entrepris.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com



[1] Le Temps, mardi 30 août 2011, p. 3.

Impôts : TOTAL privilégié ?

Les sociétés de CAC40, dont le groupe pétrolier Total est la plus importante, ne s’acquittent en France que 10% d’impôt sur leurs bénéfices. Les médias, les syndicats et les partis politiques dénoncent cet avantage exorbitant et l’opinion publique en est scandalisée. Les entreprises les plus puissantes sont privilégiées alors que les petites et moyennes entreprises doivent s’acquitter de 35% d’impôts sur leurs bénéfices.

« Expliquez-moi » sur quelle information se base une telle aberration dans le cas de Total ?

Le lecteur du compte d’exploitation 2010 de TOTAL constate que le bénéfice avant impôts s’est élevé à 21 milliards d’euros et que les impôts sur les bénéfices ont été de 10,2 milliards soit près de 50%.

La raffinerie et la distribution sont les seules activités de Total en France. Or le raffinage n’est pas rentable comme le montre les déboires dans cinq pays européens de Pétroplus. La distribution est un secteur au seuil de la rentabilité. Est-ce sa faute si la principale activité de Total se situe dans la recherche de pétrole, sa mise en exploitation et son extraction et qu’il n’y a pas de gisements significatifs d’hydrocarbures en France ?

Dérivant l’essentiel de ses bénéfices de son activité à l’étranger, c’est dans ces pays que les impôts doivent obligatoirement être acquittés, à moins que le gouvernement français n’ait un signé un accord contraire, ce qui n’est pas le cas. Et que l’on ne dise pas que Total vend importe son brut en à un prix surfait qui lui permet de minimiser ses bénéfices en France. Les cours des différents type de pétrole sont cotés heure par heure sur la marché et donc parfaitement établis et contrôlables.

Quant à imposer TOTAL en France sur son bénéfice fait à l’étranger, ce serait ajouter 25% à un prélèvement déjà opéré de 50%, portant les impôts sur les bénéfices à 75%.[1] Cette situation détruirait la compétitivité internationale de TOTAL. Il ne resterait alors à la compagnie que la solution de transférer son siège à l’étranger en se faisant le cas échéant absorber par un rival étranger, ou pire, en étant victime d’un rachat hostile par un concurrent, son action ayant été dévalorisée du fait de la faiblesse de ses bénéfices nets.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 



[1] 35% le taux d’impôt normal moins les 10% déjà payés