La Chine tisse sa toile mondiale

Pas de prééminence économique sans une présence mondiale.

La Chine a bien avancé son programme d’implantation logistique dans des ports étrangers. Que ce soit à Singapour, Kyaukpyu (Myanmar), Colombo (Sri Lanka), Chittagong (Bangladesh) Karachi (Pakistan), Djibouti, Suez, Le Pirée, Le Havre, Anvers, Lomé (Togo), Tin Can (Nigéria) Seattle ou Los Angeles, la Chine est présente. Parfois elle prend le contrôle ou construit l’extension d’un port. D’autre fois elle achète une participation dans les terminaux portuaires existants ou loue à long terme des emplacements portuaires et y construit d’importants entrepôts. Le  but est de se constituer un réseau lui permettant d’optimiser la logistique de son commerce international.

En même temps la Chine doit assurer son accès aux matières premières nécessaires à son développement rapide et au premier plan au pétrole dont elle est déjà le premier importateur mondial. Pour accéder au pétrole et au gaz russes, elle participe à la construction d’un long pipeline qui aboutit chez elle. Elle vient de signer un contrat de livraison d’hydrocarbure russe de centaines de milliards de dollars. Ne tenant pas compte de l’embargo sur le pétrole iranien, elle en devient le principal acheteur. Là aussi un pipeline est en construction vers le Pakistan où Pékin s’active avec le pays à la construction d’une autoroute de l’océan indien vers la Chine. Les Etats-Unis importent de moins en moins d’hydrocarbures du Moyen Orient, les Chinois les remplacent progressivement.   En Irak, Pékin envoie annuellement $ 2 milliards pour financer l’extraction de pétrole. Des milliers de travailleurs chinois travaillent dans les champs de pétrole.

Les richesses minières africaines intéressent la Chine. Elle finance et envoie ses bataillons de travailleurs construire des infrastructures. Le projet en négociation pour construire un important port en Tanzanie, qui permettrait d’importer des quantités de cuivre produites dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo, est typique de la politique chinoise.

La politique de la Chine est actuellement purement économique. Elle veut s’assurer des ressources dont elle a un besoin crucial. Est-elle à terme viable dans un monde où souvent la politique interfère avec l’économie ? L’exemple des Etats-Unis qui, parti d’une conquête économique du monde, se trouve de plus en plus obligé d’intervenir politiquement et même militairement constitue un danger pour Pékin.

La liberté de s’entretuer.

Les Occidentaux se sont-ils trompés de politique ?

Non sans affrontement parfois sanglants, de nombreux tyrans de pays islamiques du Moyen Orient et d’Afrique du Nord ont été renversés par un soulèvement populaire. En Libye les Anglais et les Français sont intervenus militairement. En Irak c’est une guerre menée sous la direction des Etats Unis qui a eu raison du tyran. En Syrie une guerre civile meurtrière n’a pas encore décidé du sort du dictateur. Les Occidentaux unanimes ont applaudi et soutenu cette « libération » des peuples qui ouvraient les voies de la démocratie. Ils seront déçus.

Après une courte période d’euphorie et l’élection d’un gouvernement légitime, deux groupes de citoyens se sont brutalement affrontés dans la rue. Islamiques stricte contre musulmans attachés à une société civile tolérante (Tunisie, Egypte, Yémen) Sunnites contre shiites (Irak, Syrie en cours), tribus (Lybie). L’ordre avait été maintenu entre ces composantes violemment antagonistes de la société par un pouvoir totalitaire. La chute des dictateurs leur a permis de se lancer dans des combats meurtriers. Elles utilisèrent leur liberté chèrement acquise pour s’entretuer.

Les économies déjà médiocres de ces pays se sont écroulées. Les classes moyennes sont ruinées, les pauvres deviennent misérables, les indigents désespérés. Le cahot économique, financier et social s’installe. On ne construit pas une démocratie avec des foules sans pain, sans logement, sans travail. Tous réclament un retour à l’ordre qui seul permet de relancer tous les espoirs.

Ce sont en général hélas les groupes les plus organisés qui s’imposent et assurent ce retour à l’ordre. Les mouvances jihadistes, des salafistes souvent affiliés de près ou de loin à la nébuleuse d’Al-Qaeda affirment leur présence dans tous ces pays. Elles sont bien organisées, entraînées, supérieurement armées et déterminées. L’exemple de l’Afghanistan avec la prise de pouvoir des Talibans après le cahot qui a suivi l’échec des Russes est prémonitoire. L’alternative dont personne ne veut c’est un nouveau dictateur généralement issu de l’armée.

La politique suivie par Occident semblent avoir oublié que la transition vers la démocratie est lente. La révolution françaises de 1789 engendra un empereur et il fallu attendre 50 ans pour qu’en 1848 la démocratie soit proclamée. Avec une information en temps réel qui atteint les masses, le temps s’est accéléré depuis. Ce qui fut de décades, prendra tout de même des années qui ne seront pas à l’abri de crises parfois aigues.

La productivité peut financer les déficits sociaux !

Lors d’une récente émission de télévision, la question du financement des vingt milliards annuels prévus de déficit des régimes de retraite fut posée. Pour le responsable du secteur assurance d’un grand syndicat la solution est simple : ponctionner de 20% les profits de quelque 100 milliards réalisés par les sociétés du CAC 40. Elles peuvent combler ce manque à gagner et retrouver leur profitabilité en augmentant leur productivité.

Est-ce le moment de réduire encore les marges bénéficiaires brutes des entreprises françaises ? Ces marges sont déjà largement inférieures à la moyenne européenne. De leur côté, les entreprises étrangères augmentent années après années leur propre productivité pour rester compétitives. Pendant ce temps les sociétés françaises verraient leurs progrès dans ce domaine confisqués par l’état. Leur manque actuel de compétitivité se creuserait alors que le gouvernement a fait de son amélioration un axe prioritaire de sa politique.

Le monde ouvrier et ses représentants sont opposés à la plupart des mesures dont disposent les dirigeants pour augmenter la productivité de l’entreprise. L’augmentation des cadences ou celle du temps de travail, la diminution des salaires sont des solutions simples souvent utilisées par les entreprises. Toutes sont négatives pour le personnel et entraînent des conflits sociaux.

Dans de nombreuses situations, l’automatisation de la fabrication permet de réaliser de substantielles économies bénéfiques à la position compétitive de la société. Sauf si celle-ci est en expansion rapide, l’effectif ouvrier sera réduit. C’est le chômage pour certains, une nouvelle affectation parfois lointaine ou une reconversion pour d’autres. D’âpres négociations pour un plan social, soutenues par des grèves, montrent le désaccord profond des travailleurs.

Confisquer au profit des retraites les progrès résultant de l’augmentation de la productivité n’est pas acceptable. La compétitivité en sortirait affaiblie. Prôner la productivité avec toutes les conséquences que cela implique semble paradoxal de la part d’un syndicaliste. A-t-il oublié les trente-cinq heures de Martine Aubry ? Elle décida de financer par une augmentation de la productivité le coût de la réduction du temps de travail sans réduction de salaire. La France paie aujourd’hui encore la perte de compétitivité que cette politique engendra.

Garder le contrôle des entreprises françaises cotées en bourse

On connaît les conséquences du rachat d’une entreprise par une société  étrangère. Le centre des décisions n’est plus en France. La « filiale » française devient « taillable et corvéable » à merci.   La prise de contrôle par une société d’investissement n’est pas meilleure. Le bilan est plombé par la dette qui a servi en grande partie à l’achat. Souvent l’entreprise est démantelée et vendue par morceau.

Le veto ou les pressions des pouvoirs publics sont à éviter. Elles isolent la France sur le plan mondial et risquent d’entraîner des contre-mesures pénalisantes pour le pays. Elles devraient aussi faire l’objet de sanctions par Bruxelles. Pour protéger notre industrie nationale, il est nécessaire de maintenir des cours en bourse élevés. Ils rendront le prix d’achat d’une entreprise trop cher pour intéresser un concurrent ou un prédateur.

La profitabilité et les dividendes jouent un rôle essentiel dans la valeur d’une action en bourse. Il faut donc éviter de les pénaliser par une fiscalité trop importante qui les mettrait à la merci d’un raider. Pourtant, dans une période de crise, les revenus du capital doivent apporter une contribution accrue au nom de la solidarité nationale. Et l’on dénonce les « rentiers » qui s’enrichissent pendant leur sommeil.

C’est ignorer que plus des deux tiers des actions du CAC40 sont détenues par des Fonds de pensions, des Assurés vie, des Fonds de placement (SICAV), des Produits des Caisses d’épargne et des participations de l’Etat. Doit-on pénaliser ces millions de petits porteurs qui ont placé leurs modestes économies dans des institutions qui collectivement les placent en bourse ? Quant aux « riches capitalistes », leurs revenus boursiers sont de plus en plus imposés.

L’Italie mieux placée que la France pour profiter de la reprise économique mondiale.

Cette affirmation semble paradoxale alors que l’Italie vit une crise politique et économique majeure. Ses finances sont plombées par une dette qui représente 137% du PIB et qu’il faut refinancer à un taux de 3,80%.  Le taux des emprunts des sociétés est en moyenne de 6%. Si ces taux d’intérêt étaient au même niveau qu’en France, les sociétés italiennes économiseraient  22 milliards d’euros.  L’Italie est en récession. Le recul de son PIB a atteint 2,4% en 2012 mais devrait être seulement de 1,4% en 2013.

Malgré cette situation alarmante, en 2012 le déficit de l’Italie n’est que de 3% alors que celui de la France s’établit à 4,8%. Plus important encore  l’industrie italienne est en bien meilleure santé que celle de la France.

La production industrielle de l’Italie correspond à 18% de son produit intérieur brut (PIB). Ce pourcentage n’est que de 12% en France. Les petites et moyennes entreprises (PME) emploient 80% des travailleurs en Italie et seulement  60% en France. Or l’exemple allemand montre l’importance du rôle des PME dans les exportations.  5 100 robots sont installés en Italie contre 3 100 en France soulignent l’effort supérieur de modernisation de l’outil industriel de la péninsule. La profonde réforme des rigidités du travail initiée par Mario Monti permet aux industriels de s’adapter rapidement à l‘évolution de la conjoncture économique mondiale.

Par rapport à la France, cette meilleure santé de l’outil industriel italien se traduit dans les chiffres. Alors que la balance commerciale française affiche en 2012 un déficit de 67 milliards d’euro, celle de l’Italie présente un solde positif de 11 milliards. Dans une économie mondialisée, les exportations  jouent un rôle de plus en plus important dans la reprise économique, dans le retour à la croissance d’un pays. Le jour où la conjoncture mondiale deviendra plus positive, l’Italie sera mieux placée que la France pour en profiter.

Le retour inadmissible des bidonvilles.

Aux abords des grandes villes, des milliers de sans abris s’entassent dans de « nouveaux  bidonvilles ». La République avait réussi dans les années soixante à éradiquer ces abris de fortune indignes. Ils sont de retour à la honte du pays. On doit y ajouter ceux qui n’ont pour logement que quelques mètres carrés dans des bâtiments insalubres destinés à la destruction ou qui trop nombreux partagent un local exigu. Sont-ils 500 000  un million ou plus ? Tout dépend des critères retenus.

Le droit au logement est inscrit dans la loi. Encore faut-il disposer d’un parc immobilier à la hauteur des besoins. Ce parc disponible n’existe pas et à la cadence annuelle de 100 000 à 150 000 logements HLM construits, il faudra  de nombreuses années pour répondre à ces demandes urgentes.

Chaque année s’ajoutent à ces sans abris et à ces mal-logés quelque 250 000 personnes qui arrivent de l’étranger. Ce sont 50 000 logements supplémentaires qu’il faut trouver annuellement, un problème insoluble. Les associations humanitaires dénoncent à juste titre cette situation inadmissible.

Avec l’extension prochaine de l’entrée en vigueur des accords de Schengen sur la libre circulation, le nombre d’immigrés va augmenter en provenance des pays pauvres de l’Est européen. La France avec ses prestations sociales exemplaires constitue un attrait irrésistible pour ces populations misérables.

Une solution s’impose. La cohésion sociale en dépend. Même en augmentant de cinquante pour cent les constructions de HLM, la situation serait améliorée mais pas résolue. Ne faut-il pas d’abord loger  toutes les personnes qui vivent sur le territoire national ? Mais la conséquence, une réduction temporaire de l’immigration, peut-elle être envisagée ? Ce serait sur le plan humain difficile à accepter mais éviterait d’accueillir des immigrés sans être capable de leur offrir un toit décent.

Le sujet doit être à l’ordre du jour du gouvernement  pour les étrangers non européens et de la Commission européenne qui est en charge de l’application des accords de Schengen pour les ressortissants de pays européens.

Dix raisons pour réexaminer l’exploitation du gaz de schiste

Sur le plan technique.

Aux Etats-Unis plus de 70 000 forages à plusieurs milliers de mètres ont été creusés pour exploiter le gaz de schiste. La fracturation nécessaire  des roches produit des secousses terrestres. Aucune construction n’en a jamais été affectée. La géothermie industrielle à grande profondeur est considérée comme une source prometteuse d’énergie renouvelable et pourtant elle utilise aussi la fracturation.

La production d’énergie sous toutes ses formes n’utilise que 15% de la consommation mondiale d’eau. Les eaux rejetées des puits doivent être épurées en vue de leur recyclage. L’Australie où Veolia vient d’obtenir un contrat de plus de $ 500 millions montre que le processus de traitement des eaux contaminées est opérationnel.

Le méthane qui s’échappe des puits doit être récupéré et peut être profitablement utilisé par l’industrie.

Bien qu’en moindre quantité que le pétrole, l’utilisation du gaz pour le chauffage ou une centrale électrique produit du gaz carbonique (CO2) nuisible au climat. Toutes les nouvelles installations doivent en priorité être équipées de filtres récupérant ce CO2 en vu de son utilisation industrielle. Ce genre d’équipement fonctionne déjà sur de  nombreux sites utilisant le charbon comme source d’énergie.

Un réseau particulièrement dense de distribution du gaz existe déjà en France. Il devra dans certains cas être renforcé. Le coût de la distribution sera infiniment moins cher que les  grands réseaux à haute tension nécessaires pour l’acheminement de l’électricité des fermes d’éoliennes établies dans les zones venteuses. Les problèmes rencontrés actuellement par l’Allemagne pour transporter la production des éoliennes de la mer du nord vers les centres industriels consommateurs du centre et du sud de l’Allemagne en sont l’illustration.

Sur le plan économique.

La réduction et même l’arrêt des importations de gaz et de mazout diminuera le déficit commercial de la France de quelque 20 milliards d’euros, soit plus d’un quart du déficit total de la balance commerciale.

L’Etat étant propriétaire du sous-sol encaissera des milliards d’euros de redevances des compagnies privées qui exploiteront les gisements de gaz de schiste tout en leur imposant des normes strictes. Une partie de ces sommes devrait servir à développer des sources d’énergie renouvelables et également des systèmes de stockage de masse de l’énergie indispensables àr l’avenir du solaire et des éoliennes.

Le gaz de schiste est une source d’énergie et une matière première bon marché. Il redonnera à l’industrie pétrochimique une compétitivité mise à mal depuis plusieurs décennies.

L’indépendance énergétique d’un pays est essentielle à sa souveraineté économique. Le gaz de schiste compensera avec les énergies renouvelables le retrait progressif du nucléaire.

La France est un des pays d’Europe dont les ressources en gaz de schiste sont les plus prometteuses. Peut-il rester à l’écart, alors que l’Angleterre, la Pologne, la Roumanie et même la très écologiste Allemagne, qui est la première à avoir arrêté ses centrales nucléaires, se lancent dans des forages de recherche de schistes contenant du gaz ?

Il faudra plusieurs années de prospection et de mise en place pour que la production de gaz soit significative. Nos dirigeants, qui vivent  au rythme des élections à court terme, auront-t-ils le courage de décider au moins de sonder notre sous-sol pour évaluer des richesses qui ne se matérialiseront qu’après leur départ de la scène politique?

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

La Caisse des Dépôts et Consignations joue au casino… et perd des milliards.

En 2012, le déficit français a dérapé à 4,8% du PIB alors qu’il était prévu à 4,5%. Ces 0,3% représentent 3 milliards d’euros.  Ils sont dus, précise Bercy, essentiellement aux 2,6 milliards « d’éléments exceptionnels comme la recapitalisation de Dexia ».  « La banque du financement des communes », précise le Premier ministre. Une recapitalisation qui correspond à l’apurement des pertes de l’année. Cet élément n’est pas exceptionnel, car l’Etat a déjà été obligé de s’engager financièrement par le passé et que l’avenir reste incertain.

Né en 1996 de la fusion du Crédit communal belge et du Crédit local français, Dexia s’est mué en banque d’affaires spéculative de la pire espèce. La banque a souscrit plus de mille milliards de produits dérivés.  Mais les partenaires de ce jeu de poker financier sont des professionnels aguerris de Wall Street et de la City et les pertes de Dexia s’accumulent en milliards au fur et à mesure du dénouement des opérations.

Pour s’imposer, la banque lance sans l’expérience nécessaire un programme d’achat d’actifs financiers. Aux Etats-Unis, celui « d’un réhausseur de crédit » qui s’effondre dans la crise des « subprimes » lui coûte des milliards de pertes.

Dans son domaine de base, les prêts aux communes, Dexia décide d’ offrir du crédit à des taux nettement inférieurs au marché. Les emprunteurs se précipitent devant cette aubaine sans mesurer les conséquences des « produits structurés » spéculatifs dans lesquels ils s’engagent. Les taux et les remboursements s’envolent, ruinant les communautés territoriales. A la suite d’un premier procès contre Dexia, les poursuites se multiplient. L’on parle d’une dizaine de milliards de condamnations possibles par la justice.

Depuis 2008 les pertes s’élèvent à plus de 14 milliards. La valeur boursière, qui dépassait 20 milliards, s’effondre à une centaine de millions, obligeant les actionnaires à passer dans leurs comptes des pertes d’actifs importantes. Les actionnaires minoritaires sont ruinés. Restent présents les deux actionnaires qui détenaient directement ou indirectement la majorité, les Etats Français et Belges. Ils sont obligés de sauver Dexia de la faillite. Sa chute provoquerait en Europe un séisme financier plus important que celui résultant de la faillite de Lehman Brothers aux Etats Unis en septembre 2008.

La France et la Belgique doivent injecter 6,4 milliards en 2008, puis une augmentation de capital de 5,5 milliards en 2012 et donner une garantie de 85 milliards pour maintenir le crédit de Dexia envers les autres banques et éviter la catastrophe. Est-ce la fin d’« une longue et douloureuse histoire » ? C’est loin d’être certain.

Les Français et les Belges se rejettent la responsabilité de cette débâcle. Celle de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) reste clairement établie. Dès le départ elle possède 70% de la participation française. Ses représentants au Conseil d’administration ont jusqu’en 2008 approuvé la politique « aventureuse » de Dexia. Son directeur général pendant toute cette période était un ancien directeur de la CDC. Malgré les pertes vertigineuses, on ne poursuit pas des représentants de l’Etat dans une affaire qui dépend de lui. Même le directeur général de Dexia échappe à toute sanction et « démissionne » avec une confortable retraite de 600 000 euros par an. Les contribuables paieront.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Arrêtez d’amalgamer austérité et efficacité.

Provoquée par les mesures d’austérité imposées par Mario Monti, l’explosion des partis populistes de Beppe Grillo et de Silvio Berlusconi ont rendu l’Italie ingouvernable. Pour éviter ce désastre en France, de nombreux politiciens demandent de surseoir à de nouvelles mesures de rigueur.

Paul Quillès, un ancien ministre PS, décrivait récemment les conséquences de la rigueur. « Elle entraîne la baisse de la croissance, qui entraîne la hausse du chômage, qui entraîne la baisse des recettes de l’Etat, qui entraîne une augmentation du déficit et une augmentation de la dette. » Un enchaînement imparable, sauf qu’il faut bien constater que sans rigueur le déficit de l’Etat ne diminue pas et que la dette nécessaire pour le combler augmente.

L’équilibre à trouver est difficile. Il ne faut ni précipiter les coupes sombres dans les dépenses de l’Etat, ni arrêter des mesures d’austérité en cours. Elles sont pour l’instant restées très modestes et sans commune mesure avec celles prises en Espagne ou en Italie.

Mais il est essentiel que ce compromis sur l’austérité ne serve pas de prétexte à surseoir aux longues et difficiles réorganisations des services de l’Etat. Elles permettront à la France de rattraper son retard sur les pays du nord de l’Europe, si souvent cités en exemple. Il ne s’agit en aucune façon de « démanteler les services publics » mais d’améliorer  leur fonctionnement  et d’apporter un meilleur service à la société civile.

Il faut poursuivre sans relâche la chasse aux gaspillages, supprimer des doublons, mieux définir les responsabilités, avoir des méthodes de travail plus efficaces, simplifier les procédures et les normes,  réaffecter les personnes et les finances dans des domaines de l’Etat où elles font défaut. De telles mesures demanderont  l’acceptation de changements importants dans l’administration. Mais elles amélioreront les conditions de travail et contribueront à une meilleure motivation. Pour le public et les entreprises, la simplification des procédures accélérera les processus de décisions et allègera les charges administratives qui leur sont imposées actuellement.

Les rapports successifs de la Cour des Comptes foisonnent de recommandations précises et chiffrées. Ils constituent une excellente base de départ pour réformer l’administration. Il faudra beaucoup de courage au gouvernement pour lancer un tel programme. Les élus, quel que soit leur niveau, devront le voter et placer l’intérêt national devant leurs préoccupations électorales personnelles.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.
Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Electricité renouvelable : L’Allemagne se trompe-t-elle ?

Des centaines de milliards vont être investis sans réduction de la pollution.

L’International Energy Agency (IEA)  prévoit dans son rapport 2012 une augmentation de la consommation d’électricité en Europe aux environs de 1% par an d’ici 2035. Nous retiendrons donc pour les dix prochaines années une consommation stable en Allemagne. D’importantes économies d’électricité seront faites pendant cette période, mais de nouvelles utilisations du courant les compenseront.

En Allemagne en 2011, avant la catastrophe de Fukushima, les sources d’énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire et biomasse)  représentaient 18% de la production d’électricité. En 2020 cette proportion devrait passer à 33%.   Des résultats très satisfaisants, car ils diminuent de façon substantielle le recours aux énergies fossiles dont les ressources sont limitées. Toutefois, énergies renouvelables ne signifient pas énergies non polluantes. Les problèmes climatologiques sont infiniment plus importants que l’épuisement à longue échéance de ressources fossiles. Et là, le bilan de la « transition énergétique » allemande est mauvais.

La biomasse est une énergie renouvelable mais polluante, elle produit du CO2 par carbonisation ou méthanisation. Si l’on ne retient que les énergies non polluantes (hydraulique, éolien, solaire et nucléaire) on constate qu’en 2011 elles produisent 35% de l’électricité. Avec la fin du nucléaire elles ne représenteront plus que 24 % en 2022.  Cette chute des sources d’énergie non polluantes devra être comblée par un recours important aux énergies fossiles polluantes.

Pour arriver à ce résultat décevant, la banque d’état allemande KFW estime que d’ici 2020 l’Allemagne devra investir entre 350 et 400 milliards d’euros (production, transport, importation d’électricité, efficacité énergétique). On doit y ajouter des dizaines de milliards pour le démantèlement des 35 réacteurs arrêtés et l’indemnisation des opérateurs de ces sites.

L’exemple donné au monde par l’Allemagne en abandonnant le nucléaire est louable mais inefficace. Les catastrophes nucléaires ne connaissent pas les frontières. 95% des sites restent en fonctionnement, des dizaines de réacteurs sont en construction et l’IEA en prévoit le doublement d’ici 2035. N’aurait-il pas été préférable que Berlin décide de conserver son parc nucléaire, un des plus sécurisés au monde, tout en conservant son vaste plan d’installation d’énergies non polluantes ? En 2020, au lieu d’augmenter, la pollution aurait diminué. Des dizaines de milliards auraient été épargnés et le pays serait alors le mieux placé pour réussir sa transition énergétique au fur et à mesure du remplacement nécessaire de son parc nucléaire vieillissant.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.