La Caisse des Dépôts et Consignations joue au casino… et perd des milliards.

En 2012, le déficit français a dérapé à 4,8% du PIB alors qu’il était prévu à 4,5%. Ces 0,3% représentent 3 milliards d’euros.  Ils sont dus, précise Bercy, essentiellement aux 2,6 milliards « d’éléments exceptionnels comme la recapitalisation de Dexia ».  « La banque du financement des communes », précise le Premier ministre. Une recapitalisation qui correspond à l’apurement des pertes de l’année. Cet élément n’est pas exceptionnel, car l’Etat a déjà été obligé de s’engager financièrement par le passé et que l’avenir reste incertain.

Né en 1996 de la fusion du Crédit communal belge et du Crédit local français, Dexia s’est mué en banque d’affaires spéculative de la pire espèce. La banque a souscrit plus de mille milliards de produits dérivés.  Mais les partenaires de ce jeu de poker financier sont des professionnels aguerris de Wall Street et de la City et les pertes de Dexia s’accumulent en milliards au fur et à mesure du dénouement des opérations.

Pour s’imposer, la banque lance sans l’expérience nécessaire un programme d’achat d’actifs financiers. Aux Etats-Unis, celui « d’un réhausseur de crédit » qui s’effondre dans la crise des « subprimes » lui coûte des milliards de pertes.

Dans son domaine de base, les prêts aux communes, Dexia décide d’ offrir du crédit à des taux nettement inférieurs au marché. Les emprunteurs se précipitent devant cette aubaine sans mesurer les conséquences des « produits structurés » spéculatifs dans lesquels ils s’engagent. Les taux et les remboursements s’envolent, ruinant les communautés territoriales. A la suite d’un premier procès contre Dexia, les poursuites se multiplient. L’on parle d’une dizaine de milliards de condamnations possibles par la justice.

Depuis 2008 les pertes s’élèvent à plus de 14 milliards. La valeur boursière, qui dépassait 20 milliards, s’effondre à une centaine de millions, obligeant les actionnaires à passer dans leurs comptes des pertes d’actifs importantes. Les actionnaires minoritaires sont ruinés. Restent présents les deux actionnaires qui détenaient directement ou indirectement la majorité, les Etats Français et Belges. Ils sont obligés de sauver Dexia de la faillite. Sa chute provoquerait en Europe un séisme financier plus important que celui résultant de la faillite de Lehman Brothers aux Etats Unis en septembre 2008.

La France et la Belgique doivent injecter 6,4 milliards en 2008, puis une augmentation de capital de 5,5 milliards en 2012 et donner une garantie de 85 milliards pour maintenir le crédit de Dexia envers les autres banques et éviter la catastrophe. Est-ce la fin d’« une longue et douloureuse histoire » ? C’est loin d’être certain.

Les Français et les Belges se rejettent la responsabilité de cette débâcle. Celle de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) reste clairement établie. Dès le départ elle possède 70% de la participation française. Ses représentants au Conseil d’administration ont jusqu’en 2008 approuvé la politique « aventureuse » de Dexia. Son directeur général pendant toute cette période était un ancien directeur de la CDC. Malgré les pertes vertigineuses, on ne poursuit pas des représentants de l’Etat dans une affaire qui dépend de lui. Même le directeur général de Dexia échappe à toute sanction et « démissionne » avec une confortable retraite de 600 000 euros par an. Les contribuables paieront.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.