Arrêtez d’amalgamer austérité et efficacité.

Provoquée par les mesures d’austérité imposées par Mario Monti, l’explosion des partis populistes de Beppe Grillo et de Silvio Berlusconi ont rendu l’Italie ingouvernable. Pour éviter ce désastre en France, de nombreux politiciens demandent de surseoir à de nouvelles mesures de rigueur.

Paul Quillès, un ancien ministre PS, décrivait récemment les conséquences de la rigueur. « Elle entraîne la baisse de la croissance, qui entraîne la hausse du chômage, qui entraîne la baisse des recettes de l’Etat, qui entraîne une augmentation du déficit et une augmentation de la dette. » Un enchaînement imparable, sauf qu’il faut bien constater que sans rigueur le déficit de l’Etat ne diminue pas et que la dette nécessaire pour le combler augmente.

L’équilibre à trouver est difficile. Il ne faut ni précipiter les coupes sombres dans les dépenses de l’Etat, ni arrêter des mesures d’austérité en cours. Elles sont pour l’instant restées très modestes et sans commune mesure avec celles prises en Espagne ou en Italie.

Mais il est essentiel que ce compromis sur l’austérité ne serve pas de prétexte à surseoir aux longues et difficiles réorganisations des services de l’Etat. Elles permettront à la France de rattraper son retard sur les pays du nord de l’Europe, si souvent cités en exemple. Il ne s’agit en aucune façon de « démanteler les services publics » mais d’améliorer  leur fonctionnement  et d’apporter un meilleur service à la société civile.

Il faut poursuivre sans relâche la chasse aux gaspillages, supprimer des doublons, mieux définir les responsabilités, avoir des méthodes de travail plus efficaces, simplifier les procédures et les normes,  réaffecter les personnes et les finances dans des domaines de l’Etat où elles font défaut. De telles mesures demanderont  l’acceptation de changements importants dans l’administration. Mais elles amélioreront les conditions de travail et contribueront à une meilleure motivation. Pour le public et les entreprises, la simplification des procédures accélérera les processus de décisions et allègera les charges administratives qui leur sont imposées actuellement.

Les rapports successifs de la Cour des Comptes foisonnent de recommandations précises et chiffrées. Ils constituent une excellente base de départ pour réformer l’administration. Il faudra beaucoup de courage au gouvernement pour lancer un tel programme. Les élus, quel que soit leur niveau, devront le voter et placer l’intérêt national devant leurs préoccupations électorales personnelles.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.