Electricité renouvelable : L’Allemagne se trompe-t-elle ?

Des centaines de milliards vont être investis sans réduction de la pollution.

L’International Energy Agency (IEA)  prévoit dans son rapport 2012 une augmentation de la consommation d’électricité en Europe aux environs de 1% par an d’ici 2035. Nous retiendrons donc pour les dix prochaines années une consommation stable en Allemagne. D’importantes économies d’électricité seront faites pendant cette période, mais de nouvelles utilisations du courant les compenseront.

En Allemagne en 2011, avant la catastrophe de Fukushima, les sources d’énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire et biomasse)  représentaient 18% de la production d’électricité. En 2020 cette proportion devrait passer à 33%.   Des résultats très satisfaisants, car ils diminuent de façon substantielle le recours aux énergies fossiles dont les ressources sont limitées. Toutefois, énergies renouvelables ne signifient pas énergies non polluantes. Les problèmes climatologiques sont infiniment plus importants que l’épuisement à longue échéance de ressources fossiles. Et là, le bilan de la « transition énergétique » allemande est mauvais.

La biomasse est une énergie renouvelable mais polluante, elle produit du CO2 par carbonisation ou méthanisation. Si l’on ne retient que les énergies non polluantes (hydraulique, éolien, solaire et nucléaire) on constate qu’en 2011 elles produisent 35% de l’électricité. Avec la fin du nucléaire elles ne représenteront plus que 24 % en 2022.  Cette chute des sources d’énergie non polluantes devra être comblée par un recours important aux énergies fossiles polluantes.

Pour arriver à ce résultat décevant, la banque d’état allemande KFW estime que d’ici 2020 l’Allemagne devra investir entre 350 et 400 milliards d’euros (production, transport, importation d’électricité, efficacité énergétique). On doit y ajouter des dizaines de milliards pour le démantèlement des 35 réacteurs arrêtés et l’indemnisation des opérateurs de ces sites.

L’exemple donné au monde par l’Allemagne en abandonnant le nucléaire est louable mais inefficace. Les catastrophes nucléaires ne connaissent pas les frontières. 95% des sites restent en fonctionnement, des dizaines de réacteurs sont en construction et l’IEA en prévoit le doublement d’ici 2035. N’aurait-il pas été préférable que Berlin décide de conserver son parc nucléaire, un des plus sécurisés au monde, tout en conservant son vaste plan d’installation d’énergies non polluantes ? En 2020, au lieu d’augmenter, la pollution aurait diminué. Des dizaines de milliards auraient été épargnés et le pays serait alors le mieux placé pour réussir sa transition énergétique au fur et à mesure du remplacement nécessaire de son parc nucléaire vieillissant.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.