Le programme agricole des écologistes soulève un problème majeur sans réponse.

Selon les milieux écologiques, l’agriculture intensive telle qu’elle est pratiquée doit être proscrite. Les pesticides, les herbicides, les engrais chimiques polluent le sol, les nappes phréatiques, nos rivières et nos océans, leurs molécules nocives se retrouvent dans notre alimentation, tuent des insectes aussi essentiels que les abeilles. L’irrigation intense assèche des réserves d’eau devenue insuffisantes pour faire face aux besoins de la population. La destruction de forêts pour étendre le domaine agricole met en péril la faune, érode les sols et déséquilibre le climat. Quand aux Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ils doivent être interdits car on ne connaît pas leurs conséquences sur la santé humaine à long terme.

Tous ces arguments ont été développés de façon convaincante. Ils doivent être pris en considération, il n’est pas question de les ignorer.  Ils sont trop importants. La survie des générations futures est en question. Mais paradoxalement, si ces règles sont strictement appliquées, la production alimentaire diminuera fortement et le monde sera plongé dans la famine. La population mondiale devra alors s’ajuster à un niveau correspondant à cette production alimentaire réduite. Il en résultera une catastrophe humanitaire rappelant les famines du moyen âge

Le problème est d’autant plus ardu que selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO), déjà aujourd’hui un milliard de personnes subissent une grave sous-alimentation qui met leur santé voire leur vie en péril. Dans 18 ans, en 2030, la population mondiale devrait augmenter de 1,3 milliard d’individus, soit plus de 50 millions par an.  Comment répondre à un tel défi ? Comment disposer des ressources alimentaires pour la population actuelle, pouvoir les augmenter afin de faire face à l’augmentation de la population et en même temps éviter la pollution mortelle de la planète ?

Réduire le gaspillage de la nourriture dans les pays industrialisés ne répondra que marginalement au problème, car il ne concerne que moins d’un septième de la population mondiale. La mise en oeuvre de la politique agricole écologiques, même si elle ne se fait que progressivement nécessitera sur le plan mondial des mesures réglementaires assorties de sanctions très difficiles à mettre en place dans les régimes démocratiques.

Cette politique agricole écologique est indissociable du problème du niveau de la population mondiale. Tant que ce problème majeur n’aura pas reçu de réponse, la politique écologique ne pourra pas atteindre le niveau requis pour répondre aux périls climatiques futurs.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.