Recettes pour blanchir de l’argent sale.

La détention de sommes provenant d’extorsion, de terrorisme, de trafic de drogue, de corruption, d’évasion fiscale est criminelle.  La prison attend les détenteurs de ces fonds s’ils sont identifiés. S’ils veulent pouvoir disposer ou investir cet argent, ils doivent le « blanchir » afin que la possession de cet argent devienne légale. Il leur faut alors éviter à tout prix d’être identifiés au cours de cette opération.
Pour servir ces criminels, des milliers d’officines sont prêtes à établir des sociétés écrans sans demander de documents établissant l’origine et l’identité des fonds et celles de leurs ayants-droit, alors que les règles internationales les y obligent. Ces sociétés écrans sont ensuite enregistrées sans que les autorités locales ne s’y opposent.

Une récente enquête conduite par trois professeurs de l’Université du Texas donne l’importance du rôle joué par ces officines.  3 700 d’entre elles, dont la moitié localisées aux Etats-Unis, ont été approchées en leur demandant de constituer une société écran. 48% n’ont pas exigé tous les documents d’identification requis par les standards GAFI de l’OCDE et 22% n’en ont demandé aucun.

On se serait imaginé que les paradis fiscaux et ceux du tiers monde seraient les Etats les plus laxistes en la matière. L’enquête révèle le contraire. Les pays industrialisés en particulier ceux de l’OCDE sont en moyenne trois fois plus conciliants. Et, inattendu, les Etats-Unis sont les plus accommodants. Sur 1 700 officines américaines, seules 10 ont demandé  la totalité des documents d’identification exigés par le GAFI.

L’Amérique dépense des dizaines de milliards de dollars à pourchasser les organisations mafieuses, les producteurs et les trafiquants de drogue, et tente d’éradiquer le terrorisme et la corruption dans le monde. N’est-il pas inconcevable qu’elle laisse sur son territoire se mettre en place des sociétés constituées dans le seul but de blanchir l’argent provenant de ces menées criminelles ? Les finances sont partout et toujours le nerf de la guerre. N’est-il pas plus facile d’intervenir sur le plan juridique aux Etats-Unis mêmes que d’envoyer des commandos armés dans les jungles colombiennes ou dans les montagnes pakistanaises ?