L’Etat va emprunter à long terme 175 milliards aux Français sans qu’ils s’en rendent compte…

Inconscients,  les citoyens s’en réjouissent.

Le gouvernement s’apprête par étapes à doubler le montant des dépôts autorisés dans les livrets d’épargne réglementés. Cette mesure sera bien accueillie par les soixante millions de Français détenteurs d’un tel livret. La garantie de l’état assortie d’un revenu relativement élevé exempté de tout impôt assure son succès.

Le montant total des livrets d’épargne règlementées, dépasse actuellement les 350 milliards d’euros. Le doublement autorisés porterait le total à 700 milliards.  On peut estimer à 50% la réalisation des nouvelles possibilités offertes à la clientèle, soit 175 milliards. Une partie importante de cette somme viendra en diminution d’un autre système d’épargne qui a été plébiscité par les Français : l’assurance-vie à terme fixe. Elle aussi bénéficie, mais dans une moindre mesure, d’avantages fiscaux et elle engage le souscripteur dans la durée. L’épargne bancaire sera aussi mise à contribution.

Pour l’état, cet arbitrage n’est pas un problème. Plus de cent milliards d’euros vont passer du système privé des assurances à celui du secteur public. L’essentiel des fonds collectés dans les livrets règlementés est utilisé par l’état. Soit directement soit par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) qui est contrôlée par l’état. Le ministère des finances trouve ainsi la disposition d’une importante liquidité sans frais et à un faible taux d’intérêt. Dans le marché financier actuel, par la voie classique et transparente d’un emprunt à long terme, le gouvernement n’aurait pas obtenu même 50 milliards d’euros dans ces conditions.

Les détenteurs des livrets règlementés sont sereins,  le remboursement de leurs dépôts est garanti par l’état. Rien ne peut être plus sécurisant. Pourtant, dans la période de crise que traverse l’Europe, le risque d’une « bulle financière » au niveau de l’état semble oublié. Le problème potentiel c’est que l’état investit sur le long terme alors que l’argent déposé utilisé est remboursable à vue.

Tant que le montant total des dépôts progresse, même s’il baisse un peu momentanément, pas de problème : la CDC et le trésor peuvent faire face aux remboursements. Mais si la crise devient aiguë, ce qui est très possible, les ménages utiliseront tous en même temps leurs « bas de laine » et la CDC ne trouvera pas les liquidités nécessaires pour répondre aux demandes de retraits.

Pour éviter une panique résultant  de la fermeture de guichets de la CDC, la solution classique est connue : l’état fait marcher la « planche à billets ». Malheureusement, avec la venue de l’euro, ce processus devient impossible. Il reste à l’état la possibilité de lever des capitaux sur le marché privé, mais les taux seront élevés du fait de sa situation devenue trop précaire. L’on sait aujourd’hui où une telle politique conduit le pays. Les exemples des pays du sud de l’Europe en témoignent.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source