Dexia, un désastre financier

 

La banque Dexia a annoncé avoir perdu en 2006 11,6 milliards d’euros. Ils s’ajoutent à des pertes de 3,3 milliards en 2008. L’action Dexia qui a valu 20 euros n’est cotée qu’à 3 centimes au début février 2012. Les actionnaires privés sont ruinés alors que la Banque demande à ses actionnaires des fonds supplémentaires et des garanties pour ne pas être mise faillite.

La débâcle financière menace. Dexia a encore sur ses livres la somme faramineuse de 1.500 milliards d’euros en produits dérivés, des prises de positions (swaps) sur les marchés boursiers dont on ne saura si elles seront gagnantes ou perdantes qu’au fur et à mesure de leur date de dénouement. Un solde déficitaire important mettrait en péril le système bancaire européen. Sur un bilan de 400 milliards d’euros, plus de 100 milliards de prêts ont été donnés à Dexia par d’autres banques. Ils seraient en défaut de remboursement.

Dexia est née de la fusion en 1996 du Crédit communal de Belgique et du Crédit local de France, deux établissements dont la vocation était de répondre aux besoins d’investissement des collectivités locales. La nouvelle banque, forte de 35 000 personnes, s’est lancée dans un nouveau secteur, celui de l’assurance. Parallèlement elle spécule avec une grande partie des ressources fournies par son activité de banque de dépôts. Elle va même jusqu’à acheter aux Etats-Unis la hautement spéculative Federal Security Assurance (FSA), un réhausseur de crédit qui s’écroule avec la crise dite des « subprime ».[1] Madoff la prend dans ses filets et elle y perd quelques dizaines de millions.

49% des actions de Dexia sont détenues par des actionnaires privés. Après avoir tout perdu, ils n’ont aucune intention de financer les pertes actuelles et à venir de Dexia. Le principal d’entre eux, avec 14%, le groupe Arco, une mutuelle d’assurances, est acculé à la liquidation. Reste avec 26% chacun, directement ou indirectement, l’état belge et l’état français. Ils sont obligés de voler au secours de Dexia pour éviter une catastrophe financière en Europe. Dans un premier temps en 2008 ils injectent 6,4 milliards d’euros dans la banque. Puis en 2012, ils lui accordent une garantie exorbitante de 90 milliards d’euros pour éviter tout défaut.

Seul un manque de contrôle de l’état belge et de l’état français, qui ensemble possèdent la majorité du capital, peut expliquer la dérive d’une banque conservatrice vers une entreprise qui prend des risques inconsidérés. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) est au premier rang avec 17,6% des actions. Sa responsabilité est d’autant plus lourde que le patron de Dexia, de sa création en 1996 jusqu’à sa débâcle en 2008, est un haut fonctionnaire issu des rangs du CDC.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1][1] Voir mon récent article sur Natixis