Nucléaire : le monde ne suit pas l’exemple téméraire de l’Allemagne.

 

La catastrophe de Fukushima a rappelé à l’opinion publique mondiale les dangers du nucléaire. Depuis, tous les gouvernements ont réévalué à la baisse leur politique. L’Allemagne est le seul pays au monde qui a décidé l’arrêt total en dix ans de ses 17 centrales représentant 23% de son énergie électrique. Elle est aussi le seul pays qui soit passé à l’action en interdisant la remise en route des 5 sites qui étaient à l’arrêt pour entretien au moment de Fukushima.[1] La Belgique et la Suisse ont également décidé l’arrêt de leurs centrales nucléaires mais sans prendre de mesures concrètes pour le moment.

Dans les autres pays, les quelque 380 réacteurs nucléaires installés restent opérationnels. 67 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde, aucun chantier n’a été arrêté. Sur les 120 projets de nouvelles centrales recensés avant Fukushima, tous ne seront pas abandonnés.[2] L’importance des 17 centrales allemandes devient marginal. Les risques restent importants et le monde dangereux. Les fuites radioactives ne connaissent pas les frontières. Pourtant, malgré Fukushima, le monde n’a pas renoncé au nucléaire. Le courage allemand n’a pas fait école et reste isolé.

L’arrêt du nucléaire en Allemagne signifie l’abandon d’un actif dont la valeur de remplacement avoisine une cinquantaine de milliards d’euros.[3] Pour le monde où vingt fois plus de réacteurs fonctionnent, le coût serait de mille milliards d’euros. De quoi faire réfléchir les dirigeants. De plus, pour faire face à la demande, l’Allemagne comble une partie de son déficit énergétique par la construction de dizaines de centrales au charbon. Alors que le pays devrait diminuer les 40% que représente cette énergie polluante dans la production d’électricité, il les augmente. Un exemple à proscrire.

Tous les pays ont d’ambitieux programmes de développement des énergies renouvelables. Elles joueront un rôle important, ne serait-ce que pour faire face à une consommation d’énergie mondiale qui devrait augmenter de plus de 30% d’ici 2035. Toutefois le renouvelable ne pourra remplacer le nucléaire et les combustibles fossiles que lorsqu’il pourra assurer une production permanente à un prix compétitif.[4] Pour y arriver d’importants investissements dans la recherche sont nécessaires.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Les 52 réacteurs du Japon sont un cas à part. Il n’a pas eu de choix.

[2] Atomic Energy Agency. Sans compter les réacteurs allemands et japonais.

[3] 2 à 3 milliards par réacteur.

[4] Renouvelable : l’hydraulique est renouvelable et permanent mais son potentiel de développement est limité par les sites encore disponibles.