L’Amérique a ouvert les portes à la spéculation

 

Il existait de sérieux freins à la spéculation. Un à un les Etats-Unis les ont supprimés. Des banques, des assureurs, des fonds de pension, des hedge fonds, des traders, même des institutions étatiques en ont profité. On sait où ce monde sans contrôle nous a menés.

En 1946, les accords de Bretton Woods ont établi par le lien de l’étalon-or un taux fixe entre les différentes monnaies nationales. La spéculation sur les changes devenait impossible. L’exportateur savait à l’avance que le montant de sa vente ne subirait pas de fluctuation. Le 15 août 1971, le président Nixon met fin à ce régime. Le taux de change des devises fluctuent, introduisant un facteur d’incertitude dans le commerce international et ouvrant la voie aux spéculateurs.

En 1933, au plus fort de la crise, le président Roosevelt avait promulgué le Glass Steagall Act. Dorénavant, banques de dépôts et banques d’investissement  ne pourront plus appartenir à une même société. L’argent du public ne pourra plus servir à financer des opérations spéculatives. Le 12 novembre 1999, le président Clinton abroge cette loi. Les spéculateurs peuvent maintenant risquer l’argent des déposants.

Fannie Mae et Freddy Mac sont deux instituts de prêts hypothécaires  chargés de promouvoir l’accès à la propriété. Ils dépendent de l’Etat qui, en 2004, étend leur mandat aux familles les plus défavorisées. Les règles limitant les risques sont abandonnées. Pour soutenir la construction et la croissance, l’Etat décide de prêter à un pour cent d’intérêt. Le montant des prêts à des familles non solvables s’emballe et représente des milliers de milliards de dollars dont plus de la moitié se trouvent dans les deux instituts gouvernementaux. Une bulle immobilière se forme. Elle explose et entraîne la crise dite des « subprimes ». Des millions d’Américains sont ruinés. Un gouffre financier met un grand nombre de banques dans le monde en difficulté et même en faillite. Elles ont imprudemment acheté des paniers d’hypothèques douteuses vendues sous forme d’actions par les deux instituts et des banques américaines. 

L’administration américaine a failli. Elle devait maintenir les garde-fous. Si elle décidait de les démanteler, le contrôle des dérives en résultant s’imposait. Cette double erreur a ouvert la porte à une spéculation débridée. On doit la condamner, mais se rappeler que les hommes, chacun à son niveau, ont toujours saisi toutes les opportunités s’offrant à eux pour gagner de l’argent.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

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