Le AAA anglais suspect ?

 

Début décembre Standard&Poor’s met sous surveillance tous les pays de la zone euro bénéficiant d’une note AAA. La France est en première ligne. Quelques jours plus tôt, Moody’s confirmait le triple A de la Grande Bretagne. Paris s’insurge : « Vous vous trompez de cible, la situation est pire en Grande-Bretagne ; c’est Londres qu’il faut dégrader. »

En écho à cet agacement, Moody’s estime le 21 décembre que les risques liés à la crise de l’euro si elle s’aggrave ne seront pas sans implications sur la note britannique.[1] 50% des exportations anglaises sont à destination de la zone euro.

Comparés à la France, les principaux indicateurs économiques sont plutôt favorables à celle-ci. L’inflation en GB +4,4%, en FR +2,2%. Le chômage 8,3% contre 9,8% en FR. Le déficit budgétaire, GB 8,8%  et 5,8% en FR. La dette publique au-dessus de 80% pour les deux pays.  La dette totale, publique et privée, est de 466% du PIB en GB,  322% en FR.[2] Le déficit de la balance commerciale de Londres dépasse de quelques pour cents du PIB celui de Paris.

Alors pourquoi le taux d’intérêt des emprunts britanniques à dix ans est-il de 2,04% contre 3,04% pour celui de la France ? Pour les Agences de notation, Londres peut se mettre à l’abri d’attaques spéculatives sur sa dette en injectant de l’argent dans le système par la Banque d’Angleterre. La France, elle, dépend de la bonne volonté de la Banque Centrale d’Europe qui refuse d’émettre des euros. De plus elle est solidaire de tous les autres pays de la zone euro dont certains sont en grandes difficultés.

Est-ce donner une prime aux pays qui dévaluent leur monnaie ? Depuis juin 2007, cet afflux de monnaie a fait chuter la livre sterling de 23% par rapport à l’euro.

Soit, mais ajoutent les Agences de notation, la Grande-Bretagne a eu le courage de mettre en place un plan d’austérité d’envergure alors que celui annoncé par la France est trop mesuré. Or aucun des deux pays n’a de plan sérieux de relance de la croissance. Résultat, plus l’austérité programmée sera sévère, plus elle entraînera soit des restrictions budgétaires radicales difficiles à accepter socialement, soit un accroissement inacceptable de la dette.

Le AAA anglais n’est-il pas aussi « suspect » que celui de la France ?

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



Début décembre Standard&Poor’s met sous surveillance tous les pays de la zone euro bénéficiant d’une note AAA. La France est en première ligne. Quelques jours plus tôt, Moody’s confirmait le triple A de la Grande Bretagne. Paris s’insurge : « Vous vous trompez de cible, la situation est pire en Grande-Bretagne ; c’est Londres qu’il faut dégrader. »

En écho à cet agacement, Moody’s estime le 21 décembre que les risques liés à la crise de l’euro si elle s’aggrave ne seront pas sans implications sur la note britannique.[1] 50% des exportations anglaises sont à destination de la zone euro.

Comparés à la France, les principaux indicateurs économiques sont plutôt favorables à celle-ci. L’inflation en GB +4,4%, en FR +2,2%. Le chômage 8,3% contre 9,8% en FR. Le déficit budgétaire, GB 8,8%  et 5,8% en FR. La dette publique au-dessus de 80% pour les deux pays.  La dette totale, publique et privée, est de 466% du PIB en GB,  322% en FR.[2] Le déficit de la balance commerciale de Londres dépasse de quelques pour cents du PIB celui de Paris.

Alors pourquoi le taux d’intérêt des emprunts britanniques à dix ans est-il de 2,04% contre 3,04% pour celui de la France ? Pour les Agences de notation, Londres peut se mettre à l’abri d’attaques spéculatives sur sa dette en injectant de l’argent dans le système par la Banque d’Angleterre. La France, elle, dépend de la bonne volonté de la Banque Centrale d’Europe qui refuse d’émettre des euros. De plus elle est solidaire de tous les autres pays de la zone euro dont certains sont en grandes difficultés.

Est-ce donner une prime aux pays qui dévaluent leur monnaie ? Depuis juin 2007, cet afflux de monnaie a fait chuter la livre sterling de 23% par rapport à l’euro.

Soit, mais ajoutent les Agences de notation, la Grande-Bretagne a eu le courage de mettre en place un plan d’austérité d’envergure alors que celui annoncé par la France est trop mesuré. Or aucun des deux pays n’a de plan sérieux de relance de la croissance. Résultat, plus l’austérité programmée sera sévère, plus elle entraînera soit des restrictions budgétaires radicales difficiles à accepter socialement, soit un accroissement inacceptable de la dette.

Le AAA anglais n’est-il pas aussi « suspect » que celui de la France ?

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Le Monde du 21 décembre.

[2] The Economist, 31 décembre.

[1] Le Monde du 21 décembre.

[2] The Economist, 31 décembre.