Perdre son AAA, un drame ?

 

La perte par la France de son triple A constitue un événement négatif sévère pour le pays. Mais est-elle catastrophique ?

L’emprunt à dix ans est représentatif des emprunts à moyen et long terme qui constituent plus de 75% du portefeuille du Trésor français. Pendant le premier semestre 2011 son taux moyen était de 3,54%. Un taux plus élevé que celui de 3,20% à fin novembre malgré l’accélération de la crise.

Avec une notation de AA, le taux actuel en Belgique de l’emprunt à 10 ans oscille autour de 5%. L’agence de notation Standard&Poor’s a mis en examen les états européens ayant la note AAA, l’Allemagne comprise. La France est menacée de rejoindre la Belgique. Pour 2012, Bercy prévoit d’avoir 80 milliards de déficit de son budget à financer. Le surcoût résultant d’un taux de 3,20% passant à 5% sera de 1,45 milliards d’euros. La même année 100 milliards d’emprunt viennent à échéance et doivent être renouvelés. Reprenons le cas représentatif du 10 ans. Les 100 milliards ont été empruntés en 2002 à un taux moyen de 4,88%.[1] Le coût supplémentaire se limitera à120 millions d’euros. On voit que même dans l’hypothèse très négative d’une dégradation de la note française de AAA à AA+ puis AA, l’augmentation des taux n’aura à court terme qu’un effet sans conséquences majeures sur l’équilibre des comptes du pays.[2] Sa crédibilité financière s’en trouvera néanmoins atteinte.

Les conséquences politiques sont-elles plus graves ? Les USA avec une note AA+ et le Japon avec celle de AA restent des acteurs importants de la scène politique. Pourquoi en serait-il autrement pour la France, cinquième économie mondiale, avec un AA ou un AA+, elle aussi ? Le poids politique de la France dans le concert européen dominé depuis des années par l’Allemagne changera-t-il ? Logiquement oui, pratiquement peu. Berlin ne décidera pas de quitter l’euro pour un retour au Deutsche Mark et la France restera son partenaire obligé et préférentiel en Europe.[3] Il n’existe pas d’alternative.[4]  A moyen terme, les Etats-Unis sont condamnés à s’entendre avec la Chine. De même le « couple » franco-allemand doit vivre ensemble, il ne peut pas divorcer. Sur le plan de la campagne présidentielle, c’est une autre problématique, plus émotionnelle et politique.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Banque de France. Comité de normalisation obligataire.

[2] Les emprunts à 10 ans à renouveler en 2013 et 2014 ont été souscrits à l’époque à 4,14% et à 4,10% respectivement.

[3] Sauf dans l’hypothèse toujours possible mais improbable d’un chaos menant à la désintégration de l’Union européenne et de l’euro.

[4] L’alliance avec deux pays aux économies proches de l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche, ne font pas économiquement ou politiquement le poids nécessaire.