Quand sortir du nucléaire ?

 

Doit-on suivre l’exemple de l’Allemagne qui a décidé l’arrêt de toutes ses centrales nucléaires d’ici dix ans ? Elles ne représentent que 23% de sa production d’électricité contre 75% en France. Ses ressources en charbon et en lignite sont immenses et fournissent 43% de l’électricité du pays. Le problème se pose donc différemment en France.

La décision allemande ne la met pas à l’abri d’une catastrophe atomique. La Chine et l’Inde, pour ne parler que d’elles, ont en route un important programme de construction de centrales nucléaires. Or les nuages radioactifs ignorent les frontières et font le tour du globe. Sans accord mondial, aucune sécurité n’est assurée. La politique allemande prive le pays d’importants actifs de production déjà payés qu’il faut remplacer à grands frais.[1]

En France une large partie de la population préconise de sortir « progressivement » du nucléaire. Formule trop vague que certains précisent en demandant qu’à l’horizon 2025 la dépendance au nucléaire diminue de 75 à 50%.[2] Il est raisonnable d’estimer que la consommation va augmenter de 2,5% par an.[3] La croissance, l’augmentation de la consommation, la voiture électrique sont au programme des partis politiques.[4] La demande croissante d’électricité ne sera pas compensée par les économies d’électricité librement acceptées par les citoyens.

Sur 14 années, une augmentation annuelle de 2,5% signifie que la consommation et la production devront augmenter de 40% par rapport à aujourd’hui (taux composés). Si la production des centrales nucléaires en kilowatts reste au niveau actuel, la dépendance du nucléaire ne sera plus que 50%, le but recherché dans une première étape. Il faudra donc prévoir de remplacer les sites arrêtés par de nouvelles centrales. Les 50% non nucléaires restants donnent aux énergies renouvelables des possibilités de développement dépassant probablement les prévisions les plus optimistes.

L’étape suivante se situe dans le long terme et devra être élaborée dans les années qui viennent en tenant compte des évolutions technologiques, économiques et politiques. Une information importante concernant le nucléaire sera la connaissance du prix réel de revient du kilowatt produit en tenant compte du coût du démantèlement des centrales fermées.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Voir sur le site « Expliquez-moi.org » l’article « Politique énergétique allemande : un modèle ? » 27 septembre 2011

[2] François Hollande sur France 2 le 15 septembre 2011. Répétée plusieurs fois depuis.

[3] Un chiffre fondamental souvent contesté qui résulte du dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie.

[4] A l’exception de Génération écologie, les verts.