La Chine arrive : l’Europe frissonne et s’interroge.

 

Lorsque le président Hu Jintao évoque le soutien financier de la Chine à l’euro, une tempête de protestations s’élève.[1] « Le péril jaune » se matérialise, disent les uns. Pour d’autres « l’Europe se livre pieds et poings liés ». D’autres encore parlent de contreparties économiques inacceptables.[2]

On est loin d’une Europe vaillante qui souhaitait, il y a peu de temps, voir l’euro devenir une « monnaie de réserve » destinée à mettre fin à l’hégémonie mondiale du dollar. En cas de succès, une partie des transactions internationales auraient été libellées en euros. Une importante masse d’euros aurait dû alors être mise sur le marché afin de soutenir le nouveau rôle de cette devise. Il aurait été hors de question d’empêcher qu’une partie de ces nouveaux euros soient investis dans la zone euro. 

De son côté la Chine, qui détient la valeur de 2.320 milliards d’euros de devises, désire moins dépendre du dollar. L’euro est son seul choix possible étant donné la taille de ses investissements. L’intérêt de la Chine pour l’euro se justifie d’autant plus que, devant les USA, l’Europe constitue son plus important marché d’exportation. Il doit impérativement être pérennisé, même au prix de financements importants en euros.

Actuellement 70% de la dette d’états étrangers détenue par la Chine est américaine et 20% européenne.[3] Cet afflux de capitaux chinois en Europe n’a jamais été dénoncé comme une atteinte possible à la souveraineté de l’Union européenne. Pourquoi en est-il autrement aujourd’hui ? Cette marque de confiance de la Chine ne doit-elle pas au contraire être considérée comme un certain satisfecit donné à la zone euro ?

Le « nouveau monde » est né aux Etats-Unis, un autre émerge aujourd’hui en Asie. L’Europe a survécu et survivra, certes affaiblie mais toujours essentielle. Encore faut-il qu’elle organise plus solidement  sa gouvernance.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 



[1] Finalement, il semble plus probable que le soutien financier se fera via le Fonds Monétaire International.

[2] Surseoir à toute modification de la valeur du Yuan et droit de douane préférentiel pour les produits chinois.

[3] Y compris la Grande-Bretagne.