Printemps arabes : risques totalitaires?

 

L’Occident a applaudi la chute de régimes dictatoriaux en Afrique du Nord. Les « printemps arabes », le nom de ces révolutions populaires, déboucheront-t-ils  sur des régimes démocratiques ? C’est, hélas, loin d’être certain. Un régime parlementaire ne se décrète pas dans des pays toujours politiquement instables qui n’ont connu que des régimes autoritaires.[1]

En Egypte, ces événements ont eu un impact très négatif sur la production industrielle et le tourisme. Le mécontentement des masses, loin de s’apaiser, devient incontrôlable. Les manifestations, parfois violentes, de groupes qui ne peuvent attendre les élections d’un parlement, ne rétablissent pas un climat apaisé nécessaire à toute reprise de l’activité. Le chaos économique et politique qui en résulte pourrait amener un pouvoir autoritaire et non la démocratie.[2] En Egypte les deux seules organisations puissantes et organisées, l’armée et les frères musulmans, risquent de prendre le pouvoir, ensemble ou en s’affrontant.

La Libye sort avec d’une guerre civile sanglante. Les vainqueurs regroupent des populations, souvent antagonistes, de culture et de langues différentes. Les importantes richesses en pétrole seront convoitées par les grands groupes étrangers et susciteront dans le pays d’âpres luttes pour le pouvoir. Il est très incertain qu’un régime démocratique puisse longtemps résister à l’instabilité politique qui s’ensuivra. Une homme fort pourrait alors prendre les rênes du pays.

En Tunisie, la démocratie a ses chances. « Le printemps » n’a fait que peu de victimes. Une dictature corrompue n’a pas empêché le pays de connaître un succès économique que ses voisins, plus riches en ressources naturelles, n’ont de loin pas atteint. Son ouverture sur le monde occidental et le bon niveau de son encadrement  sont autant d’atouts pour l’instauration d’un régime démocratique. Mais il faut agir rapidement pour relancer l’activité du pays. Une crise économique sévère renforcerait encore une présence déjà très importante du parti islamiste.

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Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] L’histoire ne se répète mais il faut se rappeler que la démocratie ne s’est imposée en France que 80 ans après la Révolution qui culmina dans l’exécution  du Monarque.

[2] A l’exemple dans l’entre-deux-guerre de l’Italie et de l’Allemagne.