Renationaliser les banques ?

 

De Gaulle a nationalisé les grandes banques en 1946. Mitterrand a nationalisé les banques moyennes en 1982. Les dénationalisations ont été entreprises par les gouvernements d’Alain Juppé et de Lionel Jospin entre 1996 et 2000. Aujourd’hui, à la suite de la crise financière mondiale, des politiciens demandent une renationalisation du secteur bancaire, ou du moins leur mise sous tutelle.

Ce va et vient ne semble pas souhaitable. L’Etat gère mal les banques dont il a le contrôle. Ses représentants aux Conseils d’administration ont approuvé les pires excès. En 2008, le sauvetage des banques privées s’est effectué par des prêts aux taux élevés qui ont tous été remboursés. Des augmentations de capital massives en 2008 n’ont pas empêché les deux grandes banques contrôlées par les pouvoirs publics d’être aujourd’hui en faillite virtuelle.

La vocation de Dexia est de financer le secteur public principalement en France et en Belgique. Pourquoi aller outre atlantique garantir aux préteurs qu’ils seront remboursés d’emprunts souscris par des municipalités américaines. (1) Une large partie de ses actifs toxiques ont été balayés par la crise des « subprimes ». La banque a investie des montants d’emprunts souverains fragiles beaucoup trop importants au regard de sa taille. Malgré 6,4 milliards d`euros d’augmentations de capital, Dexia serait en faillite si l’Etat français et l’Etat belge ne s’étaient pas portés de nouveau à son secours massivement.

Créée en 2006 la banque Natixis représente l’entrée tardive et inexpérimentée des Caisses d’épargne (paraétatiques) et de la Banque populaire (mutualiste) dans la banque d’investissement. Elle a accumulé à un rythme insoutenable les actifs dangereux : garanties d’hypothèques risquées aux Etats-Unis, perte d’un demi- milliard d’euros chez Madoff, accumulation de dizaines de milliards d’actifs toxiques.[2] Jusqu’à présent elle a évité la cessation de paiement à coups de milliards reçus de l’Etat et de ses parents argentés.

Une renationalisation des banques ne va-t-elle pas entraîner outre une déstabilisation du secteur et une gouvernance incompétente de l’Etat  des crises à répétition à la charge du contribuable ?[4]

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Réhausseur de crédit.

[2) 90 milliards d’actifs toxiques.

[3] En 1992-1993, les pertes du Crédit Lyonnais qui dépassent la dizaine de milliards d’Euros  illustrent l’incapacité de l’Etat d’assurer la gestion d’un grand établissement bancaire.