Le pouvoir d’achat a augmenté mais….

 

…mais les Français disposent de moins d’argent !

Depuis 2007 le pouvoir d’achat moyen des Français a progressé de 6,7% selon l’Insee. Ce chiffre tombe à 3,2% si l’on « tient compte à la fois de la croissance du nombre de ménages et de l’évolution de leur composition »[1]. Même s’il s’agit d’un résultat trop faible, c’est une bonne performance alors que l’Europe traverse la plus sévère crise économique depuis 1930 et que dans la très grande majorité des autres pays européens le pouvoir d’achat de sa population s’est affaissé.

Malgré cela, en France, le revenu disponible a diminué pour la plupart des ménages. Rarement évoquée, la principale raison tient en deux mots « diminution du crédit ».[2] Une majorité des Français de la classe moyenne, de beaucoup la plus nombreuse, achètent à crédit sa voiture, sa télévision et autres appareils ménagers, son informatique (PV, Ipod, Ipad, Smartphone…) et même pour certains, ses vacances ou sa piscine….Conséquence, leur pouvoir d’achat augmente du montant du crédit supplémentaire obtenu. Ils peuvent acheter plus puisqu’ils ne règlent que 50% du prix d’achat, voire moins, repoussant à plus tard le paiement du solde.

Les années suivantes, pour maintenir ce niveau artificiel de leurs dépenses malgré le règlement des intérêts et le remboursement progressif du capital emprunté, les ménages doivent accélérer les recours aux emprunts, quitte pour quelques-uns à se trouver en état de « surendettement ».[3]

La crise aiguë, qui n’épargne personne, rend les gens inquiets sur leur avenir. Ils freinent donc la souscription de nouveaux crédits comme le montrent depuis quelques mois les statistiques publiées. Le poids des intérêts et des remboursements de capital des crédits souscrits les années précédentes se fait alors de plus en plus lourd sur leur revenu. Pour eux le pouvoir d’achat disponible diminue.

Suite de cette nouvelle tendance, une mauvaise nouvelle : la consommation va diminuer, et une bonne nouvelle : l’endettement total des ménages diminuera aussi, or il s’ajoute à l’endettement de la nation qui dépasse largement le seuil inacceptable de 85% du PIB. On aimerait que l’état aille dans la même direction et diminue son train de vie afin d’éviter un déficit annuel qui augmente années après années le montant de sa dette.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Le Monde, 29 et 30 avril 2012, p.3.

[2] L’augmentation du prix de l’essence, du logement, n’est pas toujours compensé par la diminution d’autres prix et constitue un autre facteur d’appauvrissement.

[3] Ceci ne concerne pas les classes pauvres qui n’empruntent, lorsqu’elles le peuvent, que pour survivre.

Diminuer la dette c’est inutile et dangereux

 

Il faut stopper son augmentation. 

 Les médias, les politiciens, les économistes, tous nous répètent qu’il est vital d’agir rapidement pour diminuer la dette du pays. C’est inutile. La dette accumulée se réduira automatiquement au fil des années. L’inflation qui restera bien présente dévalorisera en dix ans le montant en francs constants de la dette de 30%.[1] Pendant ce temps la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) devrait atteindre les 20%.[2] Grâce à ces deux facteurs la dette deviendra acceptable, réintégrant la France parmi les pays financièrement solides.

Vouloir réaliser un budget excédentaire qui permette de réduire la dette de façon significative serait suicidaire. Ce sont des dizaines de milliards d’euros d’économies qu’il faudrait trouver chaque année. Les mesures d’austérité nécessaires entraîneraient une régression du PIB, des troubles sociaux graves et signeraient la fin de tout espoir de croissance. Le vrai problème, c’est de stopper aussi vite que possible la progression de la dette. Pour cela les comptes de la nation doivent être équilibrés. Atteindre ce but nécessite déjà un niveau d’austérité sévère qu’il faudra moduler pour le rendre acceptable par le pays.

Depuis des décades la dette augmente. Elle n’est jamais remboursée mais simplement renouvelée au taux d’intérêt du jour. Celui-ci augmentera si le pays vit au-dessus de ses moyens et que la progression de la dette n’est pas jugulée, car les prêteurs perdront  confiance. A plus de 85% du PIB, la dette actuelle dépasse largement le seuil tolérable.

Le taux d’intérêt des emprunts à 10 ans est actuellement de 2,70%. Ils passeront à au moins un point de plus, soit  3,70%, si des mesures drastiques ne sont pas prises. La dette publique en euros étant de 1 700 milliards et sa durée de 7 ans, c’est en moyenne 250 milliards qui seront renouvelés dans les années qui viennent. Avec un taux plus élevé d’un point seulement, la charge supplémentaire des intérêts augmentera chaque année de 2,5 milliards d’euros pour atteindre 12,5 milliards en 2016. Le total pendant le quinquennat s’établira à 37,5 milliards d’euros. Ces chiffres s’ajoutent au service actuel de la dette qui a déjà le niveau insupportable de 50 milliards d’euros par an.[3]

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Elle a été de 2,7% en 2011 et on peut estimer qu’au cours des dix prochaines années son cumul dépassera les 30%. Cette perte de valeur sera principalement à la charge des créanciers.

[2] Croissance de 1,85% par an cumulés.

[3] Soit 80,5 milliards, le niveau du budget de l’éducation publique !

La Suisse un exemple économique ?

 

La Suisse est un pays très défavorisé. Sur le plan des ressources naturelles, ni charbon, ni minerai de fer, ni pétrole, ni gaz. La Suisse  doit importer les 4/5èmes de ses besoins en énergie. Le pays n’a pas d’accès direct à la mer. L’industrie lourde n’est donc pas possible. La majeure partie de son territoire est couverte de montagnes. L’exiguïté de son domaine cultivable interdit toute culture intensive et oblige le pays à recourir largement à l’importation.[1] Du fait de la topographie du pays, son réseau de transport est coûteux. Ni canaux, ni voies navigables dans le pays. Et pourtant  aucun pays de la zone Euro n’a une performance économique qui approche celle de la Suisse.

La balance commerciale de la Suisse a toujours été positive ces 30 dernières années.[2] Les crises l’ont peu affecté. Son solde a continué sa progression de FS 10,2 milliards en 2007 à 11,4 milliards en 2010. Ce dernier chiffre représente 11,5% du Produit Intérieur Brut (PIB). En 2011 le budget de l’état présente un surplus de recettes et la dette publique est inférieure à 40% du PIB. Le taux de chômage à 3,6% en 2011 atteint un minimum historique.[3]

Les grosses entreprises représentent 60% des exportations suisses. La pharmacie avec 28%, suivie des machines 12%, de la chimie 10%, de l’horlogerie 8%. Dans les années 1970, la concurrence féroce d’Extrême Orient a fait chuter de 60% le nombre de montres exportées. La profession a su contrattaquer en misant sur le haut de gamme. Entre 1975 et 2001, la valeur par pièce exportée a été multipliée par quatre et la Suisse a repris sa position de leader mondial..

Ce sont les entreprises moyennes qui exportent le solde restant de 40%. Dans de nombreux cas elles se placent parmi les leaders mondiaux de leur spécialité.

De nombreux pays européens devraient examiner les raisons de ce succès et en tirer des enseignements.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Le prix de revient du blé cultivé en Suisse est le double de celui cultivé en France.

[2] Solde entre les exportations et les importations de marchandises et de services. La gestion de fortune par les banques suisses n’entrent pas ici en ligne de compte.

[3] Calculé selon les critères du Bureau International du Travail.

Dexia, un désastre financier

 

La banque Dexia a annoncé avoir perdu en 2006 11,6 milliards d’euros. Ils s’ajoutent à des pertes de 3,3 milliards en 2008. L’action Dexia qui a valu 20 euros n’est cotée qu’à 3 centimes au début février 2012. Les actionnaires privés sont ruinés alors que la Banque demande à ses actionnaires des fonds supplémentaires et des garanties pour ne pas être mise faillite.

La débâcle financière menace. Dexia a encore sur ses livres la somme faramineuse de 1.500 milliards d’euros en produits dérivés, des prises de positions (swaps) sur les marchés boursiers dont on ne saura si elles seront gagnantes ou perdantes qu’au fur et à mesure de leur date de dénouement. Un solde déficitaire important mettrait en péril le système bancaire européen. Sur un bilan de 400 milliards d’euros, plus de 100 milliards de prêts ont été donnés à Dexia par d’autres banques. Ils seraient en défaut de remboursement.

Dexia est née de la fusion en 1996 du Crédit communal de Belgique et du Crédit local de France, deux établissements dont la vocation était de répondre aux besoins d’investissement des collectivités locales. La nouvelle banque, forte de 35 000 personnes, s’est lancée dans un nouveau secteur, celui de l’assurance. Parallèlement elle spécule avec une grande partie des ressources fournies par son activité de banque de dépôts. Elle va même jusqu’à acheter aux Etats-Unis la hautement spéculative Federal Security Assurance (FSA), un réhausseur de crédit qui s’écroule avec la crise dite des « subprime ».[1] Madoff la prend dans ses filets et elle y perd quelques dizaines de millions.

49% des actions de Dexia sont détenues par des actionnaires privés. Après avoir tout perdu, ils n’ont aucune intention de financer les pertes actuelles et à venir de Dexia. Le principal d’entre eux, avec 14%, le groupe Arco, une mutuelle d’assurances, est acculé à la liquidation. Reste avec 26% chacun, directement ou indirectement, l’état belge et l’état français. Ils sont obligés de voler au secours de Dexia pour éviter une catastrophe financière en Europe. Dans un premier temps en 2008 ils injectent 6,4 milliards d’euros dans la banque. Puis en 2012, ils lui accordent une garantie exorbitante de 90 milliards d’euros pour éviter tout défaut.

Seul un manque de contrôle de l’état belge et de l’état français, qui ensemble possèdent la majorité du capital, peut expliquer la dérive d’une banque conservatrice vers une entreprise qui prend des risques inconsidérés. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) est au premier rang avec 17,6% des actions. Sa responsabilité est d’autant plus lourde que le patron de Dexia, de sa création en 1996 jusqu’à sa débâcle en 2008, est un haut fonctionnaire issu des rangs du CDC.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1][1] Voir mon récent article sur Natixis

Tous, le nez sur le guidon !

 

Quelles qu’en soient les conséquences, les dirigeants politiques, comme les patrons d’entreprise ou les simples citoyens, tous donnent la priorité à leurs intérêts immédiats. Non seulement ils se préoccupent peu du futur, mais ils l’hypothèquent par des dettes abyssales publiques et privées, qui sont sans remords mises à la charge des générations à venir. Mais un jour la bulle financière dont ils sont les artisans est devenue intenable. Elle éclate, les plongeant dans le désarroi.

Les dirigeants politiques sont obnubilés par leur réélection. Tous les cinq ans leur carrière est en jeu. Alors ils cèdent aux groupes de pression qui demandent sans cesse plus de moyens financiers que l’état n’en possède. Pour satisfaire leur base électorale, les représentants du peuple lancent, années après années, des emprunts sans jamais envisager le moindre remboursement.

Qu’ils soient banquiers ou chefs d’entreprise, les patrons ont les yeux rivés sur le bénéfice annuel. Qu’il baisse, les médias et les actionnaires ne le leur pardonnent pas, ils sont sanctionnés. Les marchés financiers ne sont pas en reste. Les actions de l’entreprise s’écroulent et les concurrents à l’affut reprennent à bon compte la société. Le patron est remplacé. Ce système à courte vue met à mal une politique d’investissements à long terme, condition d’un développement économique pérenne de l’entreprise.

Quel que soit le niveau de ses revenus, le citoyen demande l’augmentation de son pouvoir d’achat. La redistribution ciblée de l’argent emprunté par l’état ne lui suffit pas. Du côté patronal les augmentations sont limitées par la pression des actionnaires et le maintien de la compétitivité de son entreprise. Une partie grandissante des consommateurs, impatients, excluent d’attendre d’avoir les moyens financiers nécessaires pour satisfaire leurs désirs. Des écrans plats à la voiture plus chère, en passant même par les vacances ou la construction d’une piscine, ils empruntent et leurs dettes deviennent insupportables.

Ces différents acteurs sont conscients que cette accumulation démesurée de dettes est une des causes majeures de la crise actuelle. Ils ont tendance à s’en rejeter la cause pour minimiser leur participation à l’effort collectif. Au-delà d’un changement de pratique, la société doit adopter une nouvelle culture économique. Une vision tactique à court terme, qui accumule les dérives financières, doit composer avec une stratégie orientée vers l’avenir. La transition sera douloureuse car elle implique non seulement d’apurer un lourd passé, mais aussi de mettre en œuvre un plan à moyen terme pour assurer la croissance et le bien être futur.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

 

 

Italie : bien placée pour sortir de la crise.

 

A l’automne 2011, l’agence de notation Standard & Poor’s rétrograde la note de l’Italie, le taux d’intérêt de la dette à dix ans bondit en un an de 3,80% à 7%. De nombreux économistes et commentateurs prédisent la faillite du pays. La situation est très grave, mais elle n’est pas critique. Quelques chiffres donnent matière à réflexion.

La dette italienne dépasse 1 900 milliards d’euros, soit 121% du PIB. Cette situation dangereuse n’est pas nouvelle. En 1999 le pays n’était pas en crise et pourtant la dette était déjà de 113%. Elle s’est depuis là moins vite accrue que celle de l’Allemagne, qui de 61% en 1999 est passée à 82% pendant la même période.

La dette italienne est détenue pour les 2/3 par des Italiens, ce qui constitue un avantage lors de son renouvellement. L’investisseur étranger change facilement de pays, le national hésite et préfère investir chez lui. Une des plus longues d’Europe, l’échéance moyenne de sa dette est de 7 ans. Le danger de non renouvellement aux échéances annuelles en est diminué.

En 2011, l’Italie a eu un surplus de 0,5% de son budget primaire (avant le service de sa dette). Le FMI prévoit qu’en 2013 ce surplus dépassera 4%, une situation unique parmi les pays de l’Europe méditerranéenne. En 2011, le déficit budgétaire de l’Italie s’établit à 3,9% du PIB, il est de 1% en Allemagne. Les deux pays visent l’équilibre en 2014.

Le taux de croissance de l’économie italienne a fléchi à 1,3% en 2010 alors que l’Allemagne affiche un taux de 3,6%. Mais peut-on ignorer les dix dernières années pendant lesquelles l’Italie a fait la course en tête ? De 1999 à 2010, progression du PNB de 71% en Italie contre 54% en Allemagne. En 1999, le PNB italien représentait 54% de celui de l’Allemagne, il en représente 63% aujourd’hui.

Autre indice important, le taux d’investissement. Il s’élève à 19,3% du PIB en Italie contre 17% en Allemagne. La valeur des exportations italiennes s’établit à 24% du PIB, un chiffre qui reste loin derrière les 60% réalisés par l’Allemagne.

Le programme de réforme des structures trop archaïques entrepris par Mario Monti met fin à une situation politique chaotique. Après une période d’austérité défavorable à la croissance, les données fondamentales solides du pays devraient soutenir une reprise vigoureuse. Troisième puissance économique en Europe, huitième dans le monde, l’Italie a montré pendant ces dernières années son dynamisme économique.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

Nucléaire : le monde ne suit pas l’exemple téméraire de l’Allemagne.

 

La catastrophe de Fukushima a rappelé à l’opinion publique mondiale les dangers du nucléaire. Depuis, tous les gouvernements ont réévalué à la baisse leur politique. L’Allemagne est le seul pays au monde qui a décidé l’arrêt total en dix ans de ses 17 centrales représentant 23% de son énergie électrique. Elle est aussi le seul pays qui soit passé à l’action en interdisant la remise en route des 5 sites qui étaient à l’arrêt pour entretien au moment de Fukushima.[1] La Belgique et la Suisse ont également décidé l’arrêt de leurs centrales nucléaires mais sans prendre de mesures concrètes pour le moment.

Dans les autres pays, les quelque 380 réacteurs nucléaires installés restent opérationnels. 67 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde, aucun chantier n’a été arrêté. Sur les 120 projets de nouvelles centrales recensés avant Fukushima, tous ne seront pas abandonnés.[2] L’importance des 17 centrales allemandes devient marginal. Les risques restent importants et le monde dangereux. Les fuites radioactives ne connaissent pas les frontières. Pourtant, malgré Fukushima, le monde n’a pas renoncé au nucléaire. Le courage allemand n’a pas fait école et reste isolé.

L’arrêt du nucléaire en Allemagne signifie l’abandon d’un actif dont la valeur de remplacement avoisine une cinquantaine de milliards d’euros.[3] Pour le monde où vingt fois plus de réacteurs fonctionnent, le coût serait de mille milliards d’euros. De quoi faire réfléchir les dirigeants. De plus, pour faire face à la demande, l’Allemagne comble une partie de son déficit énergétique par la construction de dizaines de centrales au charbon. Alors que le pays devrait diminuer les 40% que représente cette énergie polluante dans la production d’électricité, il les augmente. Un exemple à proscrire.

Tous les pays ont d’ambitieux programmes de développement des énergies renouvelables. Elles joueront un rôle important, ne serait-ce que pour faire face à une consommation d’énergie mondiale qui devrait augmenter de plus de 30% d’ici 2035. Toutefois le renouvelable ne pourra remplacer le nucléaire et les combustibles fossiles que lorsqu’il pourra assurer une production permanente à un prix compétitif.[4] Pour y arriver d’importants investissements dans la recherche sont nécessaires.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Les 52 réacteurs du Japon sont un cas à part. Il n’a pas eu de choix.

[2] Atomic Energy Agency. Sans compter les réacteurs allemands et japonais.

[3] 2 à 3 milliards par réacteur.

[4] Renouvelable : l’hydraulique est renouvelable et permanent mais son potentiel de développement est limité par les sites encore disponibles.

« Dette légitime ». Elle doit augmenter.

 

Il y a 25 ans le déficit de la France résultait pour un quart d’un excès des dépenses sur les recettes et pour les trois quarts d’investissements matériels.[1] Aujourd’hui les pourcentages se sont inversés et la dette devient douteuse.[2]  Ces importants déficits courants engendrent la perte de confiance des agences de notation et des prêteurs. Ils conduisent à des taux d’intérêt exorbitants qui plombent une économie déjà fragile. Pour redresser la situation les marchés exigent de sévères programmes d’austérité qui se font aux dépens de la croissance et plongent les populations dans la désespérance.

Les conséquences négatives de cette rigueur doivent être compensées  par un accroissement substantiel de l’investissement. Il relancera la production, l’emploi et le pouvoir d’achat, en un mot, la croissance. Dans leur récent  livre « Dette indigne ! » Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné listent parmi les financements « légitimes » d’importance ceux concernant des hôpitaux, des écoles, des prestations de santé, des équipements collectifs… Le secrétaire général de l’ONU, Bank Ki-moon, les appellent des « investissements intelligents ».

Un accroissement de la dette lié à des investissements « légitimes » sera accepté par les prêteurs. Mais méfiants, ils demanderont une transparence rigoureuse. Ils veilleront à ce que soient exclus pour le moment des projets non prioritaires qui ne contribuent pas à la relance de l’économie.[3] Ils demanderont que le responsable justifie le bienfondé de l’investissement envisagé et qu’il prévoie dans ses budgets à venir les sommes nécessaires au paiement des intérêts et à l’amortissement de la nouvelle dette.

Certains dénonceront une ingérence dans la souveraineté des états. Ils ont raison. Mais ce sont les états qui ont perdu par une conduite financière aventureuse la confiance des prêteurs. Aujourd’hui ce sont eux, malheureusement, qui sont les solliciteurs. Il ne faut pas oublier que l’argent des grands prêteurs que sont les banques et les assurances appartient aux citoyens. Elle doit, pendant cette période de crise aiguë, être sauvegardé.[4] Avec des dettes qui prennent des proportions insoutenables, le risque de défaut des états grandit et, pour protéger leurs clients, les bailleurs de fonds doivent augmenter le taux des prêts et s’assurer de la « légitimité » d’un nouvel emprunt.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] Estimations.

[2] Le niveau de la dette de l’Allemagne par rapport à son PIB est voisin de celui de la France mais le pourcentage utilisé pour les investissements y reste prépondérant.

[3] Comme la construction 

[4] Argent déposé par la clientèle des banques, contrats d’assurance vie souscrits…

Total enrichit les nantis.

 

 Au lieu de consacrer ses importants bénéfices au développement de la société et à l’amélioration du pouvoir d’achat de ses salariés dans le monde, TOTAL distribue des dividendes exorbitants à ses riches actionnaires. Ce discours est sur les lèvres de nombreux politiciens, syndicalistes et commentateurs. Les chiffres publiés en 2010 par Total dans son rapport annuel audité par une grande société internationale de révision peignent une réalité beaucoup plus nuancée.

En 2010, le bénéfice net consolidé s’élève à 6,8% du chiffre d’affaires de 159,3 milliards, soit 10, 8 milliards d’euros. Les dividendes aux actionnaires sont de 5,1 milliards soit 3,2% du chiffre d’affaires.

Plus des deux tiers des actionnaires sont des « institutionnels » tels que fonds de pension, de prévoyance, assurances, fonds de placement collectifs… Les dividendes que ces entités encaissent leur servent à payer des retraites, des sinistres, à rémunérer de petits comptes, à honorer des engagements d’assurance vie… C’est donc au profit de centaines de milliers, voir de millions de personnes de condition relativement modeste que ces dividendes sont payés. On ne peut pas les oublier.

Les actionnaires privés touchent eux un tiers du bénéfice, soit 1,680 millions. Sur ce montant ils vont acquitter leur impôt sur le revenu, qui pour ces personnes « riches » va s’élever à 40%,  laissant un montant à leur disposition de 1 milliard. Une somme énorme, mais ils sont nombreux à la partager. Une somme relativement faible, car elle ne représente que 5% du bénéfice de TOTAL avant impôt de 20,9 milliards.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

La France a manqué la première étape du « solaire »

 

Les principaux fabricants de panneaux solaires en Europe sont allemands. La production française est marginale. La puissance d’énergie solaire installée en France ne représente que le dixième de celle opérationnelle outre Rhin. Un succès pour les Allemands, un échec pour les Français ? Probablement pas, si la France prend aujourd’hui les bonnes décisions.

Les producteurs de panneaux solaires allemands sont à la peine. Solon qui fut le numéro un et emploie encore 800 salariés a déposé son bilan. Q-Cell, le leader actuel, a perdu plus de 90% de sa valeur en bourse et frôle la faillite.  Solarworld  qui suit Q-Cell de près a vu sa production plonger et sa valeur boursière perdre 50%.

La demande de panneaux solaires s’est effondrée l’année dernière lorsque le gouvernement a fortement réduit ses subventions au prix d’achat de l’électricité produite. L’explosion du nombre d’installations pesait trop lourd sur le budget de l’état. L’importation en quantité de panneaux chinois de bonne qualité, dont la production elle-même est largement subventionnée par l’état, a accéléré le déclin. En septembre 2011 la faillite de l’importante société américaine de panneaux solaires Solyndra illustre ce renversement  brutal de situation. Cette société avait pourtant reçu plus de $500 millions de l’Etat fédéral. En pure perte.

L’énergie solaire ne deviendra un facteur majeur dans la production d’électricité que le jour où il ne sera plus nécessaire de soutenir son prix de vente avec des subsides étatiques. Pour devenir compétitif avec les autres formes de production, le rendement des cellules solaires doit augmenter et sa fabrication diminuer ses coûts.

A terme, une politique de financement à grande échelle par l’état d’un produit trop cher est vouée à l’échec. Les fonds disponibles, plutôt que d’être consacrés à la consommation, doivent impérativement soutenir la recherche afin d’obtenir des cellules photovoltaïques plus performantes. Cette recherche, pour être efficace, devrait allier les organismes des recherches étatiques et ceux des sociétés privées, et idéalement se situer au niveau des principaux acteurs européens. La France, qui a pris du retard dans la première étape, est bien placée pour saisir cette occasion de reprendre les rênes.

Vos commentaires à : a.chargueraud@gmail.com.

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.